La quatrième de couverture est lapidaire et pourtant elle dit tout. "À 50 ans, j’ai découvert que j’avais un corps, et que l’amour heureux est possible." On n’attendait peut-être pas Colombe Schneck sur ce sujet-là. Quoique. En 2015, l’écrivaine et journaliste avait signé Dix-sept ans, un bref récit, très personnel, où elle racontait son avortement au moment de passer le Bac. Une épreuve loin d’être anodine rédigée d’une plume alerte. Le pitch de son onzième ouvrage, L a Tendresse du crawl, pourrait paraître tellement anecdotique : une histoire d’amour de neuf mois entre deux êtres d’âge mûr, "ayant déjà vécu". Et pourtant…

Travail de mémoire

Il y a un an, Colombe Schneck publiait Les guerres de mon père, consacré à son père Gilbert. Depuis son premier livre, L’increvable monsieur Schneck (2006), où elle enquêtait sur l’assassinat de son grand-père Max, l’auteure française s’attelle à un important travail de mémoire - son histoire familiale étant traversée par les exils et la Shoah.

D’une certaine façon, La Tendresse du crawl est aussi un travail de mémoire. Sur elle-même. Celui que l’on pourrait faire chez un psychanalyste. Sauf qu’ici, c’est Gabriel qui la révèle à elle-même. "Je ne savais plus être aimée. Gabriel est arrivé, il m’a prise dans ses grands bras, n’a pas serré trop fort, je me suis laissée faire. C’était donc cela l’amour. J’avais oublié." Gabriel est musicien, c’est un ami d’enfance, "la première fois que je l’ai croisé, il avait 12 ans, moi 15. Nous nous sommes retrouvés trente-cinq ans après, une fin de septembre."

Le droit d’être soi-même

Tout en pudeur, Colombe Schneck retrace la naissance d’une relation, les promesses, les mots que l’on énonce où amour rime avec sans détour alors que l’on sait très bien que c’est faux. En se confiant à Gabriel "qui ne la juge pas", c’est au lecteur aussi qu’elle s’adresse. Elle se livre, s’analyse. Elle effectue des aller-retour dans son passé, se souvient de ses premiers amours, ses peurs, ses questionnements. "Je ne suis pas assez bien pour être aimée "pour de vrai" , une mauvaise fille, jamais assez aimable." Un an avant de rencontrer Gabriel, un miracle a lieu. Elle comprend qu’elle ne peut tout résoudre, tout porter. Elle s’octroie le droit d’être elle-même. Elle a du temps à rattraper, "vingt-sept ans d’invisibilité". Celle qui a connu une succession d’hommes, passant davantage de temps à imaginer l’amour qu’à le vivre, comprend, aux côtés de Gabriel, que son père n’était pas l’homme idéal. "C’est le cadeau le plus précieux que Gabriel m’ait offert."

Un récit tout ce qu’il y a de plus personnel que Colombe Schneck arrive à rendre tellement universel. Par la grâce de son écriture, par l’acuité de son observation.

  • La Tendresse du crawl | Colombe Schneck | Grasset, 110 pp. 13 €