Nous ne sommes plus au temps de Galilée, et les relations entre science et foi ne cessent de s'améliorer. Ainsi, il y a dix ans, Jean Paul II pouvait déclarer que l'évolution est «plus qu'une hypothèse». Et la théorie de l'évolution n'a rien d'un obstacle pour la foi. Ce qui permet de confronter le langage biblique de la création à celui des sciences de l'univers, et le discours du péché au vaste problème du mal, abordé aussi par les philosophes... L'étude des textes bibliques progresse, mais les résultats précis et crédibles ne sont généralement accessibles que «dans des revues et des ouvrages spécialisés».

Or, parmi ceux et celles qui mènent de front des recherches sur les enseignements de la science et ceux des traditions mystiques, religieuses ou artistiques, voici qu'un spécialiste en mathématiques appliquées et en informatique (1), propose une lecture des 11 premiers chapitres de la Genèse, pour raconter ensuite l'histoire d'Abraham. Non pour faire mieux, mais «faire pour maintenant». Deux ouvrages à la fois exigeants, passionnants et singulièrement révélateurs.

PAR LA PAROLE

Ainsi, du premier récit de la création, A. Thayse retient une idée essentielle, «celle de création par la parole», qui peut se traduire par «création par la douceur». Et de préciser que si la théorie du big bang dit la vérité pour décrire l'extériorité de l'Univers, son ossature, l'acte de douceur dit la vérité pour décrire son intériorité, son âme, son esprit... Ce n'est donc, conclut-il, que dans la douceur, le calme, la mesure et la paix, que l'humanité pourra continuer à se créer. Le monde moderne est certes profondément différent de celui des patriarches, et confronté à d'autres défis. Mais, note l'auteur, il y a aujourd'hui comme hier, des ruptures à opérer, des alliances à conclure, des paroles à libérer, des dialogues à (re)nouer. De même y a-t-il toujours des idoles à bousculer, des voies à ouvrir et des frontières à franchir. Ainsi peut-il y avoir une alliance entre le monde scientifique et celui des spiritualités. D'autant plus qu'en notre siècle de la science s'ouvrent de nouvelles hypothèses sur le cosmos, né avec le Temps, et qui s'organise avec le Temps. D'où, le choix concevable entre deux suppositions: un plan immanent, ou un projet venant d'Ailleurs. Modeste et lucide, l'auteur reconnaît que sa lecture du texte de la Genèse est personnelle, alors qu'il y a plusieurs approches possibles et existantes.

Autre richesse de ces deux ouvrages, plus de 125 références et citations d'auteurs réputés, tels Bergson, Einstein, Newton, Teilhard, Prigogine, Gesché... Accès privilégié à une véritable bibliothèque spécialisée. A souligner encore, l'importance de la recherche et des découvertes sur la parole biblique et le langage humain. Ainsi, l'Arbre de la connaissance est vu comme l'Arbre de la relation, et donc aussi sur le dialogue qui, dès l'origine, sera difficile et même risqué. Une relation, explique l'auteur, qu'Abraham, le premier, rendra possible. N'est-ce pas précisément de nouveaux Abraham, passeurs de frontières, que l'humanité attend aujourd'hui?

(1) Auteur d'une vingtaine d'ouvrages scientifiques, A. Thayse enseigne la logique et l'intelligence artificielle à l'UCL. Il a également publié quatre livres d'analyse des évangiles aux éditions Racine / Lumen Vitae.

© La Libre Belgique 2006