L’écrivain italien Andrea Camilleri, l’homme aux 26 millions de livres vendus en Italie, est mort à 93 ans.

L’écrivain et metteur en scène italien Andrea Camilleri est mort à 93 ans, à Rome, Sicilien d’origine, né à Porto Empedocle, il a connu un énorme succès en Italie et au-delà avec ses romans policiers mettant en scène Salvo Montalbano, commissaire de police d’une petite ville sicilienne fictive, Vigata. Un personnage dont le nom lui a été inspiré par un autre commissaire célèbre de la littérature policière, Pepe Carvalho imaginé par l’écrivain espagnol Manuel Vazquez Montalban.

Traduit en trente langues, il est l'auteur de plus de cent ouvrages et a vendu vingt-six millions de livres rien qu'en Italie. Le miracle Camilleri tient peut-être au fait d’avoirréussi à offrir une image aimable de sa chère Sicile à toute la péninsule.

Après des études à Palerme où il fréquente la bohème, il écrit quelques poèmes et commence une carrière de metteur en scène, autant pour le théâtre que pour la radio et la télévision. Il fut également enseignant et théoricien d’art dramatique Il adapta entre autres -moment important pour la suite- les enquêtes du commissaire Maigret de Simenon.

Ce n’est qu’en 1982, à 57 ans déjà, qu’il publie son premier roman qui sera suivi de tant d’autres, à un rythme effréné.

Ce furent d’abord des romans policiers avec les enquêtes du commissaire Montalbano à Vigata. Les aventures de ce flic sicilien haut en couleur se déclinent sur 35 romans dont 27 traduits en français, et une série télévisée qui a ravi les Italiens durant 20 ans.

Mais ses romans, ce furent aussi d’autres sujets, souvent inspirés de faits divers réels de la Sicile du XIXe et XXe siècle. Des histoires plus souriantes que trash, qui affirment toutes un amour indéfectible pour la Sicile. Cette passion n'exclut toutefois pas une certaine ouverture à l'autre, le non-sicilien. Ainsi, Livia, la petite amie du commissaireMontalbano, est génoise.

« Bouliguer »

Andrea Camilleri se plaisait à créer une langue mêlant italien et sicilien, langue étrange mais facilement compréhensible par le contexte.

C’était toujours un vrai plaisir de lire un roman d’Andrea Camilleri, si formidable conteur d’histoires tendres et truculentes, et un créateur de mots si savoureux et si inventifs.

On le découvrait par exemple dans son roman, Le garde-barrière. On n’y retrouvait pas le commissaire Montalbano et ses enquêtes à Vigata. Cette fois, les "héros" étaientNino, petit garde-barrière qui doit surveiller les deux passages par jour d’un petit train qui se traîne à vitesse d’homme, et son épouse chérie, Minica.

On est dans les années 40, c’est la guerre au lointain. La vie est simple, champêtre, chaleureuse. Camilleri invente alors son pseudo patois sicilien qui donne au récit une dimension picaresque. La traduction française réussissaitl’exploit de rendre parfaitement cette virtuosité langagière. Un exemple entre mille : "Toto répéta qu’il trouvait Nino ce matin, tout bouligué. Pouvait-on savoir ce qui lui arrivait ? Un instant, Nino fut tenté de vendre la carabasse et lui confier qu’il avait gagné au loto, mais il tint sa langue. Il jura son grand serment qu’il se sentait comme d’habitude".

On retrouve dans ce récit, le plaisir de côtoyer des gens simples et généreux, Mais, peu à peu, Camilleri introduisait le diable dans son histoire qui portait les habits noirs du fascisme et de la guerre, plongeant brusquement Nino et Minica dans la nuit.

Camilleri n'hésitait pas non plus à faire découvrir au lecteur toutes les spécialités savoureuses de la cuisine sicilienneau hasard des repas du commissaire Montalbano. Comme le fait Pepe Carvalho….