Petite pause encore, avant de relâcher les oisillons pour leur rappeler, lors de cette rentrée des classes peu ordinaire, les gestes élémentaires à observer. Dont, bien sûr, se laver les mains et garder des distances sociales avec des petits copains qu’ils rêvent d’embrasser. Ou de bousculer, selon les circonstances. Mais aussi respecter la terre, qui respire un peu mieux depuis deux mois, et qui risque d’étouffer à nouveau, faute d’attention, de civisme et d’altruisme. Autant de notions que les parents peuvent inculquer aisément, aidés, si nécessaire, par de formidables outils, comme les albums, parfois aussi ludiques que didactiques.

Tel SOS terre. Que faire pour sauver notre planète?, de Patrick George, sorti au printemps et légèrement confiné depuis. Le voici prêt à repartir à l’assaut des librairies pour retrouver l’accueil chaleureux qui lui avait été réservé lors de son éclosion.

Droit au but

L’auteur illustrateur britannique aime aller droit au but et agir pour que ses idées, souvent très matinales, soient bien comprises. Vœu exaucé. Son album est clair, limpide, édifiant. Il y joue des calques avec intelligence pour montrer aux enfants l’exemple à suivre. A commencer par le départ à l’école où contrairement aux habitudes, papa ne se retrouve plus au volant de la voiture, mais bien en scelle d’un vélo rutilant, après être passé par le calque indispensable. Idem pour les déchets à ne plus jeter à la mer, les abeilles à nourrir, afin qu’elles butinent les fleurs du jardin, et non les champs pulvérisés, les bouteilles de plastique à recycler en robe d’été ou les dauphins à laisser au large. Autant de propositions efficaces illustrées avec gaieté et simplicité pour une grande lisibilité et vraie joie de vivre. Une manière d’envisager autrement le futur proche.

Dans son précédent album, Libérez-nous (Pastel, 2016), Patrick George jouait déjà sur les différentes possibilités et rappelait combien la place du cerf était dans la nature plutôt qu’au dessus de la cheminée et que l’amour des chaussures de luxe ne valait pas la vie d’un crocodile.

En 4 temps avec Bernadette Gervais

Grande signature de la littérature jeunesse, autrice avec Francesco Pittau d’environ quatre-vingt livres pour enfants, Bernadette Gervais, qui travaille désormais seule, et vit à Bruxelles, après avoir étudié aux Beaux-Arts de Mons, invite à découvrir la nature En 4 temps dans un album élégant et exigeant qui respecte le rythme de la vie, de l’enfance, de l’observation, de la poésie. Tout se joue donc sur des pages divisées en quatre cadres, pour mieux y décomposer l’action de l’escargot qui «...aaarrive», du nuage qui passe au-dessus de la maison, du chat qui s’en va ou des saisons qui se suivent. Dans certaines séquences, quelques secondes seulement séparent la première de la dernière image. Dans d’autres, les heures ou les années ont passé. Le lièvre court si vite qu’on l’aperçoit à peine, mais les saisons mettent des mois pour changer. A mi-parcours, l’escargot passe, les fleurs se fanent, la pomme apparaît sur le pommier. Le temps devient élastique, et rien jamais n’est figé. De la beauté de la simplicité dans un album méditatif.

© Bernadette Gervais