De Maxime Cohen (1952), nous ne connaissions pas les "Promenades sous la lune", qui recueillirent en 2008 des suffrages enthousiastes en vue des prix Renaudot et Femina. Aussi ne pouvions-nous manquer cette fois un "Éloge immodéré des femmes", titre qui, dans l’esprit de Montaigne ou d’un André Maurois qu’on ne lit plus guère hélas !, brasse plutôt d’un même élan les grands et menus plaisirs de l’esprit. D’où, présentement, une cascade de petits essais, genre littéraire qu’il tente en effet de réacclimater dans notre langue.

Conservateur général des bibliothèques, après avoir longtemps œuvré à la Bibliothèque nationale de France, l’auteur offre l’une de ces sensibilités universelles, d’une intelligence vive et piquante, qui traite des femmes, en effet, mais aussi des voyages, de la peinture, du langage, de l’édition. Et de moult sujets graves ou légers qu’il développe d’une pensée dense et fluide en même temps.

Ainsi ce chapitre tardif consacré à la "moralité du luxe". Maxime Cohen y dit sa foi en la civilisation, but de l’humanité à ses yeux, tout en précisant que son malheur, "c’est que les nations occidentales y aient trop longtemps contribué". Convaincu de la douceur des temps où il vit, il ne voudrait pour rien au monde en changer.

Contre un alarmisme largement partagé, il affirme que "les époques du passé sont toutes plus abominables que la nôtre, peut-être pas pour y penser mais sûrement pour y vivre". Le progrès d’ailleurs ne lui paraît pas aussi disqualifié qu’on le dit, ceux qui s’en plaignent étant aussi les premiers à en jouir.

Tout n’est donc pas désespéré, pas même à l’en croire l’art contemporain. S’efforçant d’arbitrer ce débat houleux, il tient à ce sujet un propos brillant qui, pour d’aucuns, pèchera peut-être par excès de subtilité. Admettant que l’œuvre d’art n’est plus que fantasme et marchandise, Maxime Cohen nie farouchement être de ceux qui dirigent l’art contemporain vers l’abattoir et versent du poison dans le café des plasticiens.

"Comme tous les criminels, il a de terribles circonstances atténuantes. On le juge d’abord sur des critères qui ne sont plus les siens. L’art contemporain apparaît et disparaît hors de l’histoire de l’art. Il ne s’inscrit dans aucune continuité. L’industrie de la nouveauté est son seul et ultime horizon."

Enfin, voici l’essai éponyme sur les femmes. On devine que l’écrivain, en ces quelques pages, a dû refréner ses ardeurs. Se faisant l’écho de Voltaire, qui l’aura répété à satiété, il lui paraît que la femme a été conçue pour adoucir les mœurs de l’homme. "Elles sont aussi intelligentes et plus aimables."

C’est même de cette amabilité, statue-t-il, que procèdent les valeurs cardinales de nos sociétés de droit : le dialogue, la tolérance, le pardon, l’amour. On se souviendra d’Aristophane, qui faisait dire à sa Lysistrata : "La guerre est chose d’homme : elle le restera". C’est lui aussi qui disait que la saison d’une femme est brève. Parce que le temps qui lui est donné pour enfanter est plus court, celui qu’elle a pour aimer l’est également.

Éloge immodéré des femmes (Et autres essais) Maxime Cohen Grasset 321 pp., env. 20,50 €