Deux Carll, deux ailes

Laurence Bertels Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

Invité de choix au Salon du livre de Paris, le Flamand Carll Cneut, influencé par Chagall, s'est fait remarquer, à Bologne, dès «Woeste Mie», en 2001.

Il a ensuite conquis l'ensemble de la critique avec «Rouge Jaune Noire Blanche» écrit par Brigitte Minne, auteur néerlandophone, également invitée au Salon du livre de Paris. Elle a l'écriture sobre, détachée, sèche mais belle.

Cette fois, c'est Carl Norac, auteur, francophone et réputé, de littérature, qui a pris la plume pour peaufiner les illustrations, reconnaissables, de Carll Cneut. Deux Carll, avec une ou deux ailes, s'unissent donc pour publier un «Secret pour grandir», livre doux et nomade teinté de l'étrangeté minimale requise.

Salam voudrait faire le tour du monde. Mais il ne sera jamais assez grand, lui disent les femmes voilées et d'un pays qu'on ne semble quitter aisément. Il ira, pourtant, remplir son sac du nécessaire à grandir. Le vent, le hasard, le sable participeront à ce voyage initiatique en plein désert universel. Plus consensuel que «Rouge jaune noire blanche», plus touchant cependant, «Un secret pour grandir» se rapproche du conte et brille par ses illustrations. Ce nouvel album de l'artiste, formé à Saint-Luc à Gand, passera assurément par la grande Porte de Versailles, à Paris.

Avec «Amourons-nous», les éditions du Rouergue proposent également, et ce pour la première fois, l'intéressant travail de Geert De Kockere et de Sabien Clement. Décliné dans une collection illustrée pour adolescents, cet album ludique, impudique, plus chaud que chaleureux, offre une belle et novatrice leçon de jeu amoureux aux lecteurs en proie aux mêmes pulsions. On y découvre aussi l'importance de se mettre à nu.

Auteur des magnifiques «Nanette» et «Willy», entre autres, Geert de Kockere est déjà bien connu des lecteurs belges. Quant à Sabien Clement, elle illustre ici son premier album. Parions que ce ne sera pas le dernier.

Parfois déjanté, quant à lui, le roman «Unis pour la vie» cache, derrière ses airs anodins, une réalité préoccupante en Hollande, et explosée depuis Pim Fortuyn. Pauline, clairement amoureuse de Mimoun, voudrait devenir poète. Deux tares, en somme. Où l'adolescente apprendra qu'une Hollandaise ne fréquente pas un Marocain; où, pour un mot de travers, le professeur craint une montée incontrôlable du racisme; où le même professeur aimera la mère de Pauline, au désespoir de celle-ci. Sans dévoiler les déboires de la jeunette, signalons qu'elle vit dans un quartier défavorisé, à l'époque compliquée des familles recomposées. Son père, poète raté et fumeur de hasch, cherche domicile et attache fixes, alors que «sa» Pauline, tôt confrontée à l'irresponsabilité paternelle, trouve la paix chez ses aïeuls, près du souffle des vaches, trait d'union entre la Hollande d'hier et celle d'au- jourd'hui, comme les poèmes contrastés et insérés dans ce texte réaliste.

© La Libre Belgique 2003

Laurence Bertels

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