DSK: Qui fait le cochon, fait la bête

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Livres & BD

Avant même de se retrouver maintenant sur les comptoirs des libraires et en tête de gondole dans les supermarchés, le livre de Marcela Iacub, "Belle et Bête", a déjà créé un tsunami de réactions comme très rarement dans le monde de l’édition. Mais c’était bien, apparemment, le but poursuivi pour toucher le "cochon" d’acheteur. L’auteure, brillante juriste par ailleurs et chroniqueuse stimulante sur les questions de sexualité, ne cache pas que sa volonté première était de mener une expérience limite avec un Dominique Strauss-Kahn dupé, expérience menant à un livre, best-seller assuré avec l’appui de quelques journaux et hebdos curieusement prompts à flatter, à leur tour, le voyeur qui sommeille en chacun.

Cet exercice d’autopromotion sur le dos d’un homme déjà à terre et de sa femme (particulièrement malmenée par Marcela Iacub) a quelque chose de répugnant que chaque lecteur du livre jugera, ne fut-ce qu’en découvrant l’encart imposé par la Justice dans chaque exemplaire vendu et qui signale en ouverture du livre que celui-ci "porte gravement atteinte à la vie privée de DSK ". Donner de soi, donner même son corps pour mener une expérience à vocation littéraire, pourquoi pas ? Mais fallait-il le faire sur le dos d’un homme déjà fusillé et pour mieux faire sensation ? On n’avait pas besoin de Marcela Iacub pour déjà tout (trop) connaître de ses frasques. Fallait-il en remettre une couche derrière le paravent d’un éloge du "cochon magnifique" que serait aussi l’ex-directeur du FMI ?

La castration du cochon

Est-il alors encore possible de juger de la qualité littéraire de ce court récit de 120 pages qui se lit en une heure et demie ? Disons d’emblée qu’il se lit très facilement, Marcela Iacub sait écrire, et elle évite - heureusement - les scènes scabreuses. Sa liaison sexuelle qui l’a unie à DSK pendant sept mois est résumée par quelques évocations sur son "amour fou", un peu adolescent, ses "textos enflammés", et par des scènes fantasmagoriques (inventées) qui tournent autour de la dévoration de l’être aimé par l’amant.

Il lui lèche les paupières pour lui enlever et manger son mascara, dit-elle, fait couler de l’huile dans son oreille pour la lécher ensuite, lui mange même l’oreille. Mais en évitant l’explicite, sa liaison devient très éthérée voire un peu ridicule, on n’y croit plus vraiment. Comme l’écrit Virginie Despentes qui en connaît un bout en matière de provocation, "il s’agit des errements érotico-neuneus d’une bourgeoise mollement masochiste ".

Quel est alors le but d’un tel livre ? Dire que DSK est le caniche d’Anne Sinclair, attaché par la laisse de l’argent ? Que se "faire sucer par une femme de ménage" , ce n’est pas grave, tant le couple vivait dans les hautes sphères comme, jadis, les princes qui sautaient leurs servantes au vu et au su de leurs épouses ? Marcela Iacub développe, tout au long du récit, une théorie fumeuse disant qu’en DSK (qu’elle ne nomme jamais), il y a deux faces : l’homme public, fade et consensuel; et le cochon, bien plus radical, libre et excitant. C’est ce cochon qu’elle aime (on peut lui faire crédit d’être alors sincère), qui la rend amoureuse, jusqu’à vouloir en mourir, dit-elle. Elle écrit : " Le cochon a été un instrument de mon salut. Le salut par les égouts, le salut par l’abus ."

Pascal disait déjà qu’en l’homme, l’ange et la bête se côtoient. Notre éducation nous a plus ou moins appris à dominer la bête. Marcela Iacub y voit une castration et prend cela à revers, disant que c’est notre côté animal qui est notre aspect solaire. Qui, en tout cas, la fait vibrer et jouir.

Tant mieux pour elle, mais cette thèse est évoquée sans convaincre et n’en tirons pas une leçon générale que toutes les femmes rêvent que les cochons qui sommeillent se réveillent. Thèse écrite aussi sans vrai souffle. Sa passion n’est pas celle d’Odette pour Swann. Elle consiste à répéter plusieurs fois par page que le cochon est bien, que dans le cochon tout est bon, et que quand le cochon dort, la vie s’arrête.

Guy Duplat

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