Livres - BD

REVUE

Le Clézio

Collectif

Europe (4, rue Marie-Rose, 75014 Paris), n° 957-958, 380 pp. env. 20 €

La livraison de janvier/février 2009 d’"Europe" (revue littéraire fondée en 1923 sous l’égide de Romain Rolland, qui compta Eluard et Aragon parmi ses animateurs) honore Jean-Marie Gustave Le Clézio, couronné en 2008 par le Nobel de littérature. Révélé à 23 ans par "Le Procès-verbal", publié chez Gallimard dans la collection "Le Chemin" (que dirigeait le Belge Georges Lambrichs) et récompensé par le Renaudot 1963, J.-M. G. Le Clézio, depuis, n’arrêta ni d’écrire ni de parcourir le monde. De ce témoin de son temps, foncièrement poète, l’œuvre - comme l’examine ce numéro substantiel - est "mouvante et plurielle, placée sous le signe du déplacement, du décalage et du métissage". (Fr.M.)

NOUVELLES

Les minutes célibataires

Valérie Nimal

Éditions Luce Wilquin, 108 pp., env. 12 €

Historienne d’art, la Bruxelloise Valérie Nimal n’en fait pas mystère : son mot préféré, c’est volupté. On s’en rend compte, avec bonheur, à la lecture de ces trente-neuf nouvelles, écrites au départ pour la radio Pure FM et lues sur antenne. Des tranches de vie évoquées avec autant de finesse que de sensualité. Des courts métrages capiteux, qu’on verrait volontiers portés à la scène, qui esquissent - d’un pinceau léger - des histoires d’amour(s), de songes ou de mensonges : autant de photographies d’instants troublants, traduits avec maestria par Valérie Nimal. Selon ses propres fantasmes, chacun choisira laquelle de ces "Minutes" sera celle qu’il relira et relira. Que l’on nous autorise un regret : que les trois nouvelles - délicieusement suggestives - des pp. 74 à 81, où se croisent les mêmes personnages, n’aient pas fait l’objet d’un roman. (Fr.M.)

RÉCIT

Un Juif pour l’exemple

Jacques Chessex

Grasset, 106 pp., env. 11,90 €

Formidable écrivain suisse de langue française, Jacques Chessex (prix Goncourt 1973 pour "L’Ogre", récent auteur de "L’Éternel sentit une odeur agréable" - qui met en scène Elisabeth et Roger Vailland -, du "Désir de Dieu", du "Vampire de Ropraz" - digne du "Moravagine" de Cendrars -, et dont Le Livre de Poche vient de rééditer "Les Têtes", galerie de portraits d’artistes et d’écrivains parmi lesquels Bataille, Balthus et Robbe-Grillet) publie un nouveau saisissant récit comme ce sulfureux poète en a le secret. Au couteau, il y évoque sa Payerne natale dans la Suisse du printemps 42 : bourg vaudois confit "dans la vanité et le saindoux", à l’heure où, chômage régnant, s’y organisa un complot "de revanchards au front bas, d’oisifs que fascine la virilité germanique". La victime expiatoire en sera un Juif. Des faits qui remontent à l’enfance de Chessex, né en 1934. (Fr.M.)

PORTRAIT

L’ami posthume

Olivier Barrot

Grasset, 212 pp., env. 17,90 €

Les jeunes de 2009 ne peuvent naturellement se représenter l’émotion extrême que suscita la mort de Gérard Philipe, le 25 novembre 1959, à moins de 37 ans : d’un "ange" le Ciel brisait les ailes. Comment, sans elles, sinon à pas de loup, s’envoler vers l’au-delà ? Olivier Barrot trace le portrait de ce comédien dont le charme et la beauté firent des ravages : un monstre sacré du théâtre ("Le Cid", "Lorenzaccio") autant que de l’écran ("Le Diable au corps", "La Chartreuse de Parme", "Une si jolie petite plage", "Les Belles de nuit", "Les Orgueilleux", "Le Rouge et le Noir", "Montparnasse 19" - où il incarnait Modigliani aux côtés d’Anouk Aimée -, "Les Liaisons dangereuses" - Laclos revu par Vadim et Vailland, où il campait Valmont -, jusqu’à "La fièvre monte à El Pao" de Bunuel, avec la volcanique Maria Felix). Acteur culte qui prêta sa voix pour l’enregistrement - devenu légendaire - du "Petit Prince". (Fr.M.)