Collectif

Simenon

Cette cent deuxième livraison des "Cahiers de l’Herne" coïncide avec le cent dixième anniversaire (13 février) de la naissance à Liège de Georges Simenon, l’écrivain belge comptant parmi les auteurs les plus féconds et lus dans le monde, traduit en 46 langues, qui signa de son nom 192 romans - dont 75 Maigret. On lui doit aussi 12 recueils de nouvelles, un millier d’articles, deux cents romans populaires écrits sous pseudonymes, des reportages, 21 volumes de "Dictées", et ses "Mémoires intimes" en 1981. Cette excellente monographie critique comporte des études dues notamment à des spécialistes tels que Pierre Assouline, Michel Lemoine, Michel Carly, Jean-Baptiste Baronian, Danielle Bajomée, Thomas Narcejac, Bernard Alavoine, Jacques Dubois et Benoît Denis, ces deux-ci ayant édité trois volumes de romans de G.S. dans la Pléiade. Aux côtés de textes de Jacques De Decker, Bernard Gheur, Paul Aron, Jean-Marie Klinkenberg, Maurice Nadeau, Patrick Roegiers, Jean-Louis Dumortier, etc., figurent des entretiens de Laurent Demoulin au sujet de Simenon avec Emmanuel Carrère, Jean-Philippe Toussaint, Eugène Savitzkaya, Philippe Claudel, etc., ainsi que les entretiens avec Bernard Pivot (pour "Apostrophes", 1981) et Maurice Piron (1982). Ainsi qu’une lettre à Bernard Buffet (1958) ou d’autres que lui adressèrent Cocteau, Mauriac, Gide, Henry Miller, Mac Orlan, Fellini, Max Jacob et Truffaut. On y trouve quelques pages inédites d’un Simenon qui, page 279, à la question "Votre qualité préférée chez la femme ?", répondit : "D’être une vraie femelle" (Fr.M.)

Sous la direction de Laurent Demoulin, Ed. de L’Herne (22, rue Mazarine, 75006 Paris), 286 pp., env. 39 €

Essai

Un oncle nommé Hergé

On le sait : Hergé forma son pseudonyme en phonétisant les initiales de ses nom et prénom : Remi Georges. Le génial créateur de Tintin avait un frère cadet, Paul, dont le fils, né en 1946, reçut pour prénom celui de son oncle Graphiste de formation, Georges Remi Jr, qui fut régatier, est peintre de marines dont les tableaux ont été exposés à Bruxelles et Paris; on lui doit aussi "Dessins à cheval", coffret de trois ouvrages des dessins et écrits hippiques de son père (mort en mai 1986). Il publie aujourd’hui un livre préfacé par Stéphane Steeman (qui en souligne "la tendresse, un rien de révolte, quelques regrets aussi") où il rappelle que son père, autoritaire officier de cavalerie, subit cinq années de captivité en Allemagne pendant la Seconde Guerre tandis que son illustre frère poursuivait sa carrière en Belgique occupée. "Une étrange fratrie partageant [ ] un même idéal d’absolu : droiture, intégrité, loyauté"; deux frères "fort différents" mais "unis par une solide affection". Ce témoignage, sincère et mordant, d’un écorché, parfois impulsif, artiste lui-même, nourrit un livre d’humeur, de colère(s), de bleus à l’âme : "Ce récit se contente de retracer un sillage sinueux, tracé sur un océan familial parfois houleux par un voilier de taille modeste." Un ouvrage passionné, contenant des documents inédits, qui se lit avec intérêt, et dont la troisième partie - intitulée "Tintin pleure", pp. 233 à 351 - évoque, non sans légitime amertume, la "succession mouvementée" d’Hergé, décédé le 3 mars 1983. (Fr.M.)

Georges Remi Jr, Ed. de l’Archipel, 362 pp., env. 21 €