Bannies, redoutées, dénoncées puis brûlées, les sorcières continuent à hanter les imaginaires et à inspirer les auteurs fascinés par l’étrange féerie de la magie. Emily Gravett, par exemple, a toujours rêvé d’être sorcière et passait son temps à jeter des sorts à ceux qui l’appelaient "ma chérie". Après de nombreux essais infructueux, elle finit par retourner son balai, lui tailler une jolie mine de crayon et devenir illustratrice. Les vieux rêves, cependant, nous abandonnent difficilement. Pour enfin les exorciser, Emily Gravett écrit "Sortilèges" et provoque l’incroyable rencontre entre un crapaud et une princesse. Avec quelques précieuses formules à la clé dans un bel univers graphique.

LA PETITE SORCIÈRE

Comme chaque année, Lisbeth va passer Noël chez sa grand-mère sans ses parents car ils ont un travail important -un grand magasin- et ne peuvent s’absenter pour les fêtes. La fillette tient absolument à emmener son chat Socrate, un premier indice Lisbeth n’est pas une jeune fille comme les autres et se réjouit de retrouver sa grand-mère car celle-ci est la seule à l’accepter comme elle est. Arrivée à destination, elle va, lors de lectures au grenier, faire des découvertes importantes sur l’histoire de sa famille dans "La Petite Sorcière", très bel album présenté en coffret de Benjamin Lacombe, doué d’un beau sens du récit et de l’illustration. Ceux qui ont lu "Les Amants Papillons" (Seuil jeunesse, 2007) s’en souviennent certainement. En outre, le livre est accompagné d’un deuxième album dont il vaut mieux se méfier. Il s’agit, en effet, d’un fac-similé du fameux "Grimoire des Sorcières", livre maudit, mis en scène dans "La Petite Sorcière". Il raconte l’histoire de plusieurs sorcières, de Lilith, celle par qui tout commença, à Méduse, de Malvina à Olga qui fit sombrer le Titanic, sans oublier quelques détails précieux comme les dessins des conserves de marmelade de doigts que préparait Gretchen pour les périodes de pénuries d’enfants. Élégantes, sobres et mystérieuses, les illustrations de Benjamin Lacombe conviennent parfaitement au ton du récit. Ces histoires nous emmènent dans un passé attirant et rappellent le coup de crayon de Rebecca Doutremer qui connaît, semble-t-il, de nombreux disciples.

L’étonnante histoire de Lilith aura sans doute aiguisé plusieurs esprits sains et curieux. Les voici donc prêts à en savoir plus sur le monde parallèle au nôtre, celui de la magie et des sortilèges, des miracles et des mystères.

MAGICIENS

Dans sa collection "La bibliothèque du fantastique", les éditions Casterman proposent "Magiciens et autres enchanteurs", une encyclopédie fouillée sur cette matière encline à exciter l’imaginaire. La matière est dense.Voici trois mille ans déjà, les Perses devinaient des signes du destin dans la position des astres ou dans le vol des oiseaux. Ils y voyaient certains présages, on les appelait mages et leur art était la magie. Les prêtres égyptiens, quant à eux, pratiquaient la magie en toutes occasions et dans la mythologie grecque, ce sont les dieux et les déesses qui interviennent dans la vie de tous les jours. Déesse de la nuit, Hécate préside à la magie, tandis que Médée devient victime de son pouvoir, rappelle l’encyclopédie, classique, lisible et complète qui consacre également -comment faire autrement?- un important chapitre à Merlin l’enchanteur.

Né mystérieusement au temps lointain des chevaliers, Merlin, fils d’une jeune vierge violée dans son sommeil par un démon, s’impose en effet dans le livre du Graal et favorise la naissance du roi Arthur.

Leçons sur le paradoxe de l’apprentissage, erreurs et petits travers, comme ceux qui peuvent exister entre la potion et le poison -c’est la dose, dit-on, qui fait la différence- et réflexion sur la place infime de la magie dans le monde réel ou conséquente dans celui des histoires, constituent quelques-uns des nombreux chapitres d’un livre à feuilleter à la lueur vacillante d’une bougie.