Dans nos meilleures librairies, les ouvrages consacrés à la franc-maçonnerie se retrouvent généralement en sandwich entre les bouquins fumeux sur les esprits frappeurs, les vampires et les ovnis! Certains le méritent sans conteste, écrits par des auteurs qui ne sont pas plus francs que maçons mais pour qui le halo de mystère qui entoure toujours la franc-maçonnerie est une juteuse source de revenus puisqu'on peut aligner sans vergogne des grands complots et des scandales sur une société de pensée qui est finalement plus discrète que secrète.

Notamment, parce que si on sépare le bon grain de l'ivraie, force est de constater qu'il existe aussi moult ouvrages explicitant aux profanes les grands rituels mais aussi les textes fondateurs comme les Constitutions d'Anderson. Mais qui prendra la peine de s'y plonger sérieusement? On saluera donc avec beaucoup d'intérêt la parution de deux ouvrages récents qui s'intéressent plutôt à l'ancrage sociétal de la maçonnerie dans le monde contemporain. Non point pour faire de la retape, certainement pas!, mais plutôt pour lever ces malentendus qui ont la vie dure.

Que l'on se rappelle un récent «Questions à la une», sur la RTBF dont on est ressorti avec la fâcheuse impression que les «franc-macs» auraient toute latitude de manipuler la Justice. Loin de nous l'idée qu'il n'y a pas eu de scandales récemment en France, que les luttes d'influence n'existent plus en Belgique au sein des institutions, plus loin encore l'idée de dénigrer le procureur de la République, Eric de Montgolfier mais la généralisation est souvent synonyme d'abus.

Ce type d'amalgames, deux maçons du Grand Orient de France, Me Jean-Michel Quillardet, (Grand Maître depuis septembre 2005 mais qui s'exprime ici à titre personnel) et l'éditeur et artiste d'origine belge Pierre Buisseret ont voulu le combattre en se mettant à table pour discuter sereinement mais fermement de leur engagement.

Même si le GOF est très laïque et très anticlérical, il ne nie pas pour autant la part de spirituel qui habite toujours l'homme contemporain, quoi qu'en pensent certains intellectuels qui confondent réflexion et militantisme «stupide et irréfléchi». En même temps, Buisseret et Quillardet retournent aux racines de la maçonnerie en nous rappelant que la vraie démarche consiste à se former soi-même et à essayer ensuite par les connaissances et les références acquises de transformer la société pour la rendre plus juste, plus humaine et plus fraternelle.

Les deux auteurs n'esquivent aucun écueil: pas question d'esprit de caste ou de protection inadmissible puisqu'ils reconnaissent qu'il n'est pas toujours facile de transposer dans leur vie quotidienne les grands idéaux dont ils se réclament. Et de se demander si certains maçons «ne sont pas comme ces grenouilles de bénitiers qui, sorties de l'église, n'ont même pas un regard attendri pour le mendiant qui leur tend la sébile»...

BLOG MAÇONNIQUE

Jiri Pragman propose une autre démarche intéressante: ce spécialiste de l'Internet, qui ne cache pas non plus son appartenance à la maçonnerie, a lancé un blog maçonnique, question d'inviter les initiés mais aussi les «honnêtes hommes (et femmes)» en recherche à trouver des informations qui permettent de faire la lumière, au-delà des clichés. Ce blog se complète d'un ouvrage où il analyse la place de l'ordre dans la société à travers la toile. Edifiant et utile à la fois car Pragman montre aussi les travers de l'antimaçonnisme...

© La Libre Belgique 2006