Quatre saisons, un vent d’étrangeté, une pluie de méchanceté et un souffle de gentillesse, "Ma sœur et moi" raconte la famille à travers des petits épisodes de la vie quotidienne, du drap qui traîne à terre à la partie de 1000 bornes avec ses sens interdits et ses crevaisons en passant par des événements plus importants, aux yeux des enfants, comme la Noël, la fête de Pâques et l’entrée au collège. Ni blanche, ni noire, la relation des deux sœurs, Liette et Lorna, se raconte de manière réaliste et si Lorna porte un regard parfois cruel sur sa sœur, ne manquant pas une occasion de la mettre dans l’embarras, son sang ne fait qu’un tour lorsqu’il s’agit de la défendre et le premier qui osera la toucher devra s’attendre à un solide retour de flammes. Pourtant, elle jubile lorsqu’elle sait que sa sœur sera punie, panique lorsque le rouge des groseilles salit ses vêtements à cause d’une maladresse de Liette qui n’hésitera pas, non plus, à abîmer le poster du chanteur préféré de Lorna. On l’aura compris, chez les deux sœurs, c’est "donnant, donnant" et les poupées malades n’ont qu’à bien se tenir si elles ne veulent pas finir avec les yeux arrachés. Chaque tranche de vie se suffit à elle-même et est racontée à la manière d’une nouvelle d’apparence anodine. On perçoit cependant beaucoup de tristesse dans le récit de Cécile Roumiguière en raison du ton utilisé mais aussi des illustrations énigmatiques de la peintre française Bobi + Bobi, des regards d’une réelle expressivité, des perspectives fuyantes et des tonalités légèrement passées.

Sujet inépuisable, comme le confirmeront de nombreux auteurs, les mères sont aussi une belle source d’inspiration au chapitre des relations familiales. Après "Ma mère dans tous ses états" (2008) et "Ma mère en vacances" (2010), on se réjouit donc de découvrir "Ma mère à la fête" où l’on réalise à quel point les parents font parfois honte aux enfants. Car cette mère-là n’est pas facile à emmener chez des amis. Les jours de fête, en effet, elle est dans tous ses états, se rue sur les encas, va dans son nez, sort des gros mots, critique ses amis et engloutit un paquet entier de bonbons. "Insortable", semblent vouloir dire Gwendoline Raisson et Magali Bardos avec esprit, liberté et générosité. Sans oublier la belle énergie qui émerge des illustrations de Magali Bardos.

Ma sœur et moi Cécile Roumiguière et Bobi + Bobi La joie de lire 36 pp., env. 14,50 €. Dès 7 ans

Ma mère à la fête Gwendoline Raisson et Magali Bardos Pastel 28 pp., env. 11 €. Dès 4 ans