Une Foire du livre principalement numérique? Non, il ne s’agit pas d’un roman d’anticipation, un genre qu’Hervé Le Tellier, s’est approprié avec bonheur dans L’anomalie (Gallimard), mais bien de la réalité qui nous attend dès le 6 mai.

Prix Goncourt au succès phénoménal, Le Tellier sera l’un des invités, comme Erri De Luca, qui, par prudence, ne fera pas le déplacement depuis Rome, Alain Damasio, Liz Spit, Amélie Nothomb, Florence Aubenas ou Dimitri Rouchon-Borie, lauréat du Prix Première, qui fit sensation avec Le démon de la colline aux loups (Le Tripode), seront virtuellement ou physiquement présentes. Soit lors de séances de dédicaces en librairie soit lors de rencontres dans le studio de la Foire du livre de Bruxelles, qui émettra du matin au soir, presque en H24, avec des rendez-vous du déjeuner à l’apéro, en passant par le goûter familial, l’amuse-bouche ou le dîner, livresque à souhait.

Pour valoriser le patrimoine bruxellois, la Foire promet aussi quelques lectures par des comédiennes et comédiens au Gueuloir poétique des Galeries royales Saint-Hubert , d’autres occupations de lieux intéressants, telles certaines vitrines bruxelloises, ou encore une rencontre autour du détournement sous un avion, au Musée de l’Armée, avec Le Tellier. De quoi incarner malgré tout l’événement dont la commissaire générale, Marie Noble, nous dévoile l’esprit.

Après diverses adaptations pour cette édition 2021, tout espoir de monter, comme annoncé, un festival dans la ville du 6 au 16 mai prochain, a finalement dû être abandonné...

C’est un véritable tourbillon de création. Nous avons dû sans cesse nous réinventer. La Foire du livre de cette année sera certes différente, mais l’esprit reste le même. Nous gardons cette volonté d’inscription dans la ville, avec un format plus proche des lecteurs. On ne pourra déployer tous les ressorts imaginés, nous n’aurons pas l’odeur du papier, mais nous sommes loin d’avoir jeté toutes nos idées.

Celle d’organiser le volet grand public au mois de mai, à l’heure des beaux jours et de possibles animations en plein air était une de ces idées. Mais qu’en sera-t-il de la motivation du public, en plein week-end d’ascension, pour une édition qui devra finalement être virtuelle?

Nous aurons sans doute des festivaliers de deux ordres. Soit, le marathonien qui nous suivra au quotidien avec le souffle d’un sportif, soit le dilettante, qui préférera y goûter avec parcimonie, et qui fera son choix parmi les quelques cent rencontres proposées au long des onze jours du festival. Quitte à revenir après sur ces contenus, qui seront disponibles sur notre nouveau média et valorisés via une mise en ligne éditoriale et un traitement de l’information par nos journalistes. Une des missions de notre ASBL est de rassembler, de toucher tous les publics, même les plus éloignés ou les moins visibles comme les prisonniers. Ce rôle sociétal, nous pouvons l’assurer en virtuel. Nous avons 70 000 personnes qui nous suivent sur les réseaux sociaux. Pourquoi ne pas leur proposer de nous rejoindre sur notre plateforme de médiation culturelle? Nous voulons créer un club de lecteurs, avoir des contenus pédagogiques ou autres. On pourra par exemple y découvrir une interview «pompe à essence» de Adeline Dieudonné suite à son roman Kérozène. Il s’agira d’une capsule un peu décalée à partir d’un mot issu du livre.

Après La vraie vie, son premier roman très remarqué et couronné du Rossel et Renaudot des lycéens, Kérozène, fraîchement sorti de presse, reçoit un bel accueil. Voilà qui tombe bien pour valoriser la littérature belge…

Oui, et nous sommes ravis de le faire. Dans les propositions belges de cette édition, beaucoup d’autrices et d’auteurs ont accepté de jouer le jeu des lieux inattendus dans lesquels nous organisons les rencontres. Adeline Dieudonné, par exemple, évoquera son livre mais aussi ses engagements féministes, avec Victoire Tuaillon, reine du podcast féministe avec Les couilles sur la table. Elle le fera depuis l’Hectolitre, un ancien club échangiste, qui fera presque partie de la rencontre puisqu’on y parlera sexualité, domination , etc. Anaïs Nim, à l’univers très sensuel, sera à la vitrine du Cabaret Mademoiselle, illustrée par Léonie Bischoff. Des baffles permettront d’entendre ce qui se dira et si on ne peut pas faire de publicité pour annoncer l’événement, on s’arrangera tout de même pour que cela se sache...

Rassembler, disiez-vous. Rien de tel que le flirt pour y arriver. Et à vous croire, en ce printemps, il sera Flamand ou ne sera pas.

Nous allons même pousser l’exercice plus loin puisque nous allons marier Liz Spit et Thomas Gunzig. Carl Norac, notre Poète national, et son successeur, Mustafa Kör vont assurer l’office, le 5 mai, dans la chapelle des Ducs de Bourgogne. A partir du 24 avril, on aura même accès à leur correspondance amoureuse par WhatsApp grâce à l’application SKGN , très suivie en Flandre. Nous suivrons aussi, entre autres, le flirt de Caroline Lamarche et David Van Reybrouck.

Hors nos frontières, Erri De Luca, qui devait être l’invité d’honneur de la Foire du livre, rencontrera virtuellement Alain Damasio...
Erri De Luca est une plume magistrale, une personnalité passionnante et politique, au niveau européen qui, comme Damasio, dénonce la violence sociale à travers les inégalités entre pays riches et pauvres, le contrôle normatif de l’État ou encore le technocapitalisme. Ce sont deux personnalités d’aujourd’hui qui aborderont, avec Isabelle Wéry, des thématiques intéressantes, qui jetteront des traits d’union, un des thèmes de la Foire présents via le Flirt Flamand ou la Suisse, ce pays invité qui nous ressemble sur tant de points.

A l’avant-veille du Jour J, cous sentez-vous prête pour cette édition si particulière?

Je ne suis pas sûre que tout sera nickel. C’est un laboratoire. Il y a une prise de risque. On essaye beaucoup de choses. Il y aura sans doute des ratés, mais s’il y a une année où on peut prendre des risques, c’est celle-ci.