L’écrivain belgo-français, François Weyergans, académicien, prix Goncourt, est mort lundi, à 77 ans. Evocation de sa vie et de son oeuvre.

L’écrivain et académicien François Weyergans qui avait obtenu à la fois le prix Renaudot en 1992 pour La Démence du boxeur et le prix Goncourt en 2005 pour Trois jours chez ma mère (battant cette année là Houellebecq), est mort à l’âge de 77 ans.

Le romancier franco-belge avait été élu le 26 mars 2009 à l’Académie française au siège d’Alain Robbe-Grillet. On se souvient du moment de gloire que ce fut pour ce magnifique écrivain qui était aussi le plus charmant des « pitres », pour reprendre le titre de son roman sorti en 1973, sur sa psychanalyse avec Lacan.

Ce jour-là, il était le premier écrivain belge, avec Félicien Marceau, reçu à l’Académie. A 15 h précises, tous les académiciens étaient sous la coupole avec leurs invités, il ne manquait que lui. Conforme à sa légende, il est arrivé avec une vingtaine de minutes de retard, apportant déjà un peu de facétie à une trop noble assemblée.

Erik Orsenna lui lança : "La vraie chevalerie est votre gaieté. » et parcourait déjà l’œuvre du nouvel immortel en commençant par Le Pitre pour terminer par Macaire le Copte où il voyait des références prémonitoires sur le printemps arabe et le sort des chrétiens d’Orient quand Weyergans fit son entrée dans un splendide habit brodé de liserés verts, confectionné par son amie agnès b.

François Weyergans devenu Immortel, quel roman surprise ! Lui, l’oiseau de nuit qui ne pouvait travailler que lorsque les autres dorment, le grand névrosé obsessionnel, le joyeux luron et Don Juan, avait pris apparemment très au sérieux cet honneur d’un autre âge.

Il portait à la taille l’épée de son ami de quarante ans Maurice Béjart avec une compression de César à la garde. Il y avait fait graver la devise weyergansienne : "Plus je pense, plus je pense. »

Woody Allen et Godard

Dans son discours érudit et drôle, ce mélange de Woody Allen et de Jean-Luc Godard fut à nouveau fidèle à sa réputation. Son discours était plein de digressions, de virages et d’anecdotes. Il avait préparé "pour le plaisir de ses amis" un petit cadeau pour tout le monde : une bouteille de bordeaux Château de Parnac 2005 d’une cuvée spéciale François Weyergans, de quoi à nouveau flatter son image de joyeux luron et de bon buveur.

Il était né à Etterbeek en 1941. Son père était belge, sa mère avignonnaise. Il avait donc la double nationalité et, après une enfance bruxelloise et des études à Saint-Boniface qui fut aussi le lycée d’Hergé, il vivait à Paris, ne s’étant jamais considéré comme un écrivain belge. Ses seuls concitoyens étaient ses lecteurs.

Adolescent, il accompagnait son père dans ses tournées de ciné-clubs, où celui-ci parlait avec talent. Il y apprendra à tout connaître du 7e art et rédigea ses premiers articles dans les prestigieux "Cahiers du cinéma". Il réalisa plusieurs courts et longs métrages, dont plusieurs films sur Maurice Béjart, son ami qu'il accompagnera jusqu'à son dernier souffle en 2007.

Mais c’est vers la littérature qu’il se tourna définitivement après la mort de son père, même s’il expliquait avoir toujours eu ces deux fers au feu. Plusieurs de ses livres furent primés, comme Macaire le Copte, prix Rossel 1981, et La Démence du boxeur, prix Renaudot 1992.

Ariane Chemin dans "Le Monde" le décrivait comme cela : "Ce faux timide, qui se prend les pieds dans ses pas comme dans ses phrases, trébuche sur ses fins de foulées et ses codas, se comporte toujours comme sil devinait, derrière ses lunettes seventies, un obstacle imaginaire."

Trois jours chez ma mère

Depuis toujours, Weyergans procrastina, jusqu’à en faire sa légende. Cet écrivain rare (onze romans), dont les hésitations avant de boucler un livre étaient légendaires, était aussi un très grand artiste de la langue à la culture encyclopédique.

Franz et François est ce formidable roman qu’il a consacré aux liens névrotiques entre son père et lui, un texte drôle, sans pitié, plein d’émotions, de vérité, de tendresse et d’auto-ironie. Il y évoque ce désir de gloire qui portait le père et qui porte aussi le fils.

Trois jours chez ma mère, le livre qui reçut le Goncourt eut une sortie en feuilleton. Cinq ans avant sa sortie, l’ouvrage était déjà annoncé dans le catalogue Grasset, avec à chaque fois un argumentaire un peu différent. Ce roman, dont dans La Libre Monique Verdussen écirvait: « Moins dense et urgent sans doute que Franz et François. Mais tout aussi drôle, sincère, attachant, porté par un esprit libre autant que brouillon. Comment, pour un fils, parler de sa mère et de ce qui le lie à elle de si difficile à délier? Comment créer une mère fictive pour un narrateur qui n'est pas l'auteur tout en lui ressemblant beaucoup? Et comment ne pas être impudique ou blessant, sachant qu'on sera lu par elle? Comment, pour un fils, parler de sa mère et de ce qui le lie à elle de si difficile à délier? Et comment ne pas être impudique ou blessant, sachant qu'on sera lu par elle? »

En 2011 à la réception à l’Académie française, sa mère, une coupe de champagne à la main, très fière, nous expliquait : "J’ai eu deux écrivains dans ma vie : mon mari Franz Weyergans et mon fils, François. Heureusement, moi, je nai jamais écrit, car il fallait bien quelquun pour leur faire à manger. »

S’il se montrait bien peu belge, il disait son amour pour trois grands artistes flamands : Thierry De Cordier, Michael Borremans et Luc Tuymans. Et Weyergans qui aimait écrire dans le grands hôtels, a depuis 2012 une suite de 90 m2 qui porte son nom au Métropole de Bruxelles, place de Brouckère.