Dix minutes de dialogue. Extinction des lumières. Studio avec fond noir, réflecteur et silence imposé pendant 20 à 30 minutes pour se replonger dans ce qui s’est passé, avec pour seule lumière, celle du déclencheur. C’est selon ce rituel immuable que Gaël Turine a procédé pour capter, de manière sérielle, les 140 portraits du personnel soignant des hôpitaux d’Iris Sud. 

Encore pétri de ces Traces, il témoigne: "Dans ce studio improvisé se sont accumulées des scènes émouvantes, des moments confrontants. J’ai créé un climat et j’ai demandé à chacun de revisiter ce qu’il avait traversé. La première vague était très présente, très palpable. Il y a eu des moments tellement chargés émotionnellement qu’il n’était pas très compliqué de les photographier. Le plus difficile a été de créer ce climat de confiance. Pendant le temps du silence, je laissais les gens avec eux-mêmes et je les photographiais. C’est une affaire d’humains et de photographe. Je m’attendais à certaines séances émouvantes mais je n’avais jamais imaginé une telle émotion. C’est l’histoire d’une rencontre éphémère. Il y avait une réelle adhésion au projet de la part des gens qui sont venus en studio. De l’employé de cuisine aux agents d’entretien, tous avaient l’envie de s’exprimer, de se laisser aller dans un moment particulier. Beaucoup de choses ont été déposées-là."

Gaël Turine a photographié chaque personne de deux manières, côté gauche, côté droit. A la fin de la séance, il passait en revue la centaine de clichés pris mais les modèles ne sont pas intervenus dans le choix. Et lorsqu’on lui demande si ce projet l’a changé, le photo reporter nous répond: "Je suis dans la phase de digestion. Ces portraits, ces séances vont m’accompagner longtemps. Je vais seulement pouvoir commencer à prendre un peu de distance. Ce qui s’est vécu dans ce studio, j’en suis encore tout imprégné. Je ne sais pas si j’étais prêt à faire cela. Est-on jamais prêt?".

© Gael Turine