Le bruxellois Grégoire Polet (qui vit à Barcelone) s’est, lui, embarqué dans une grande fresque d’un autre monde possible. Tout part dans sa fiction, du mouvement des Indignés qui enflamma la Puerta del sol à Madrid en 2011 avant de s’étendre comme un feu de forêt attisé par le manifeste "Indignez vous" de Stéphane Hessel. La suite fut moins rose avec la crise grecque, la montée des populismes, la crise des réfugiés.

Grégoire Polet a tout lu, tout discuté et fait preuve d’une érudition stupéfiante pour réécrire l’histoire de ces dernières comme si les Indignés avaient pris le pouvoir. Tous les événements sont connus mais sont détournés. On croise Herman Van Rompuy, Angela Merkel. On se retrouve au café le Cabestan, place Saint Job à Uccle.

Le roman démarre avec les Mémoires de Caroline Gracq, une liégeoise passée par MSF et les Indignés. Elle vécut un drame horrible place Saint-Lambert lors de la tuerie de décembre 2011. Elle tenta de ceinturer Nordine Amrani mais une de ses grenades explosa et emporta sa jambe, son bras et un œil. Son infirmité lui donnera un saut d’icône dans son combat pour un monde meilleur et plus solidaire. Avec ses deux amis, Romuald Solis et Remy Thiers, elle crée le mouvement "Tous" qui doit, dans toute l’Europe, renverser le vieux monde politico-économique qui a fait faillite, au profit de la démocratie participative, de discussions ouverte et incessante, d’écologie radicale. Ce discours de rupture amplifié par les réseaux sociaux les emmène au pouvoir. Romuald devient président de la France et n’habite plus l’Elysée. Rémy dirige la Belgique et n’hésite pas à organiser un référendum sur l’indépendance de la Flandre puisque les gens le veulent.

Grégoire Polet étaye son récit de multiples analyses. Hélas !, trop pour donner au livre sa chair romanesque, écrivant plutôt un conte politique, une "Utopie" comme jadis Thomas More. Même l’assassinat de Romuald, le jeune président français, ajoute à sa gloire, comme Kennedy en 1963. Dans une seconde partie, le récit se poursuit par les Mémoires, cette fois d’un diplomate grec, devenu commissaire européen, Elephtérios Viridis, d’abord sceptique puis adepte de cette révolution qui porte son fils au pouvoir. Grégoire Polet brasse tout : crise grecque, Ukraine, un règlement au Moyen-Orient, promotion de la fusion nucléaire, etc. Mais le diplomate grec impose les compromis parfois nécessaires comme le contrat gazier qui pourrait sauver le Grèce, mais aussi entraîner des morts comme le montre le dernier et court récit d’un citoyen polonais qui a perdu son fils à cause du diplomate. Un roman à thèse, certes trop touffu, plein d’utopies et de rêves, mais qui nous fait sentir aussi qu’un autre monde serait possible, pas si loin de celui dans lequel nous semblons englués sans porte de sortie.


Tous Grégoire Polet Gallimard 349 pp., env. 22 euros

Grégoire Polet dédicacera son roman à la Foire du livre le dimanche 12 mars de 15 à 17h.

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