Il faut sauver JFK

Il faut sauver JFK
© Reporters

Livres & BD

Alain Lorfèvre

Publié le - Mis à jour le

On commémorera en le 22 novembre le cinquantième anniversaire de l’assassinat du président américain John Fitzgerald Kennedy, à Dallas. Un demi-siècle après, ce traumatisme dans la psyché américaine demeure une source d’inspiration fertile pour les écrivains. Don DeLillo s’est penché avec brio sur la figure de Lee Harvey Oswald, l’assassin de JFK, dans "Libra". James Ellroy, dans "American Tabloid", a synthétisé à sa sauce les multiples théories du complot entourant le drame.

Dans "22/11/63 ", Stephen King aborde l’événement à partir d’une autre question souvent posée : et si JFK n’était pas mort ? La guerre du Vietnam aurait-elle eu lieu ? Nixon aurait-il été élu ? Y aurait-il eu le scandale du Watergate ? La longue crise morale des Etats-Unis durant la décennie suivante ? Pour développer cette uchronie mâtinée d’effet papillon, le romancier revisite le voyage dans le temps. Sans machine, mais avec une faille temporelle, un "passage" aux caractéristiques particulières, comme le découvre Jack Epping. Elle remonte toujours au 9 septembre 1958. Chaque fois que Jack revient dans son présent, seuls deux minutes s’y sont écoulées - que lui ait vécu dans le "passé" une heure ou une décennie. Et dès qu’il y retourne, il annule les changements provoqués lors du voyage précédent Après deux brefs périples, Jack décide de rester cinq ans dans le passé, en espérant modifier le cours du 22 novembre 1963.

Comme il le rappelle en postface, Stephen King a eu l’idée de ce roman en 1972. Encore professeur, il ne put s’y atteler. King utilisera toutefois l’idée dans sa nouvelle "Les Langoliers" (1990). Celle de changer le futur, mais en projetant cette fois le meurtre d’un président pour éviter une Troisième Guerre mondiale, dans "Dead Zone" (1979). "22/11/63" est une relecture jouissive de l’Histoire américaine contemporaine. Son originalité réside, outre son suspense, dans la confrontation entre un Américain du XXIe siècle et ses concitoyens d’hier. Sans sombrer dans la nostalgie du "bon vieux temps", King souligne l’évolution des mœurs ou l’innocence de l’Amérique d’Eisenhower (morte avec JFK ?), qu’il peut commenter à loisir via son double, Jack Epping. Car, comme lui en 1972, Epping est un enseignant se révélant romancier - qui partage son patronyme avec celui de "Shining" (1977). La Plymouth Fury, voiture tueuse dans "Christine" (1983), est une autre mise en abîme. Et puis, il y a Derry, la ville de "Ça" (1986), où un clown terrorisait les enfants en 1957 - fait divers encore dans les mémoires quand Jack y débarque en 1958

Revenant aux sources de son œuvre, revisitant les méandres de son univers fantasmatique, l’auteur de "Carrie" nous offre même en filigrane un autre battement d’ailes du papillon : si JFK n’était pas mort à Dallas, Stephen King serait-il devenu le plus grand auteur de fantastique et d’horreur de sa génération ?

A lire également

Facebook

Cover-PM

cover-ci

Immobilier pour vous