"Si la vie n’est qu’un passage, sur ce passage au moins semons des fleurs" : Ilios Kotsou aime à citer ces mots de Montaigne. "La vie est fragile et courte", réalise-t-il "avec l’âge" (il a 48 ans). Alors "si je peux semer quelques fleurs sur mon court passage, c’est super". Méditant militant, il est de ceux qui pensent que "notre responsabilité d’humain est d’aider à un monde plus équitable, plus juste, plus solidaire".

Ilios Kotsou, coauteur avec Matthieu Ricard du tout récent Les folles histoires du sage Nasredin (L’Iconoclaste/Allary Éditions), s’est fait un nom dans les domaines de l’intelligence émotionnelle, du bonheur, de la pleine conscience, du lien entre expérience intérieure et transformation sociale. Difficile d’imaginer, en le voyant aujourd’hui - posé et engagé, optimiste et amusé - qu’il est "plein de fêlures et de blessures, un être tout cabossé, passé par des chemins très improbables".

Il avait trois ans à peine quand sa maman, allemande, les a emmenés, sa sœur et lui, vivre dans une "communauté bouddhiste sectaire", l’OKC, dont le "gourou manipulateur et abuseur" a d’ailleurs été condamné par la justice belge. Et puis Ilios a perdu sa mère, décédée d’un cancer alors qu’il n’avait que 16 ans ; et son père, grec, qui s’est suicidé un an plus tard. "Les traumatismes de mon passé, je les ai mis derrière moi. Je me suis tourné vers le positif, le développement personnel. Devenir un ‘prof de bonheur’ et mettre ma vie au service de la solidarité vient du fait que j’ai été confronté à beaucoup de souffrances", analyse-t-il aujourd’hui. Il en a développé une "force de volonté" aussi, qui a, "sans le vouloir", pu parfois irriter ou heurter aussi.

Ilios Kotsou s’est plongé en autodidacte dans la psychologie et le développement personnel - l’approche systémique de Palo Alto, la programmation neuro-linguistique, la mindfulness, l’hypnose ericksonienne. "Le personnage qui m’a certainement le plus influencé, à part ma mère bien sûr, c’est Milton Erickson, ce psychiatre américain qui soignait les gens en racontant des histoires. J’ai été nourri de cette idée qu’on peut apprendre à vivre avec son passé à travers les histoires, on peut se réconcilier avec la vie quoi qu’on ait vécu. Lui, partant d’une situation personnelle difficile, a pu faire de sa vie quelque chose d’utile aux autres et de facile. C’est un exemple."

Ilios Kotsou a alors mis ses compétences en gestion des émotions au service d’étudiants stressés, d’entreprises, d’institutions, de médiateurs scolaires et de sportifs de haut niveau, comme le boxeur Bea Diallo qu’il a accompagné aux championnats du monde. Il a aussi travaillé pour Médecins sans frontières pendant plusieurs années, formant les responsables de terrain à la gestion d’équipe en situation tendue. La rencontre avec des enfants des rues, abandonnés dans un cimetière de Manille, abusés, drogués à la colle, "a été pour moi une prise de conscience de la souffrance dans le monde".

L’aventure Émergences

"À 30 ans, je n’avais aucun diplôme, même pas le bac." Mais il a une expérience qui lui a permis, une fois ses compétences validées, d’entamer un parcours universitaire jusqu’à devenir docteur en psychologie avec une thèse sur l’impact du développement des compétences émotionnelles sur le bien-être. Il a aussi, entre autres, publié un Éloge de la lucidité , qui a remporté le prix Psychologies-Fnac 2015.

Entre-temps, Ilios et sa compagne Caroline Lesire ont cofondé l’association Émergences, qui propose des cours de méditation de pleine conscience - une pratique qui permet de "porter son attention sur le moment présent, instant après instant, de façon intentionnelle, et sans jugement de valeur", selon la définition du Dr Jon Kabat-Zinn. "J’aime beaucoup Omar Khayyâm qui disait ‘Sois heureux un instant. Cet instant c’est ta vie’", cite Ilios Kotsou. Passionné par les neurosciences, il avait demandé au moine bouddhiste Matthieu Ricard, rencontré dans le cadre d’une conférence de l’Institut Mind and Life, de venir parler en Belgique. La première d’une longue série de "Journées Émergences", un week-end annuel de conférences et ateliers qui permettent de partager des connaissances et de soutenir des projets solidaires, est née ainsi en 2009. "Il n’y avait pas de plan. On n’avait jamais organisé de conférence de notre vie. J’avais juste été inspiré par ce que j’avais entendu et eu envie de le partager. Émergences est née dans l’action. ‘Voyageur il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant’, comme dit le poète Machado." Un chemin fleuri.

>>> "Être soi face au monde", le 9 mai à 10h, avec le psychiatre Thierry Janssen. À suivre sur www.flb.be

Programme de la Foire du livre: à suivre ces samedi et dimanche

Amélie Nothomb L’influenceur littéraire François Coune lui posera des questions qui ont été récoltées auprès de ses lecteurs (samedi à 14 h).

Faire littérature à partir de faits divers Une rencontre entre la journaliste et écrivaine Florence Aubenas (L’Inconnu de la poste) et le journaliste, chroniqueur judiciaire et primo-romancier Dimitri Rouchon-Borie (Le Démon de la colline aux loups) (samedi à 20 h).

Des femmes et du foot Aline Zeler, ancienne joueuse de l’équipe nationale belge, et Laurence Rosier parleront des constructions de genre dans le sport (dimanche, 9 h 30).

Le cœur d’Anaïs Nin Les mots de la poétesse française, ses lettres et ses cahiers secrets seront lus depuis le Cabaret Mademoiselle (9 mai à 14 h).

>>> La Foire du livre se tient en mode virtuel jusqu’au 16 mai. Programme complet et inscriptions (gratuites) : flb.be