Emmanuel Todd , historien, anthropologue et démographe, avait publié dès le mois de mai 2015 un essai à rebrousse-poil, "Qui est Charlie ? Sociologie d’une crise religieuse" (Seuil). Convié par "La Libre" à participer à cette rubrique Ripostes, l’écrivain a poliment décliné en alléguant le lynchage médiatique et le bombardement d’insultes dont il fut victime après la parution de cet ouvrage. Il est vrai que, prenant résolument le contre-pied des trois à quatre millions de "Charlie" défilant dans les rues de Paris et de province, l’intellectuel français avait, mais non sans brio, instruit le procès d’une France qui maltraite sa jeunesse, rejette à la périphérie de ses villes les enfants d’immigrés, relègue au fond de ses départements les classes populaires, diabolise l’islam et, ce faisant, nourrit un antisémitisme de plus en plus inquiétant (lire ici son interview dans "La Libre du 16 mai 2015)

Liberté de blasphème. Non seulement, Emmanuel Todd n’était pas "Charlie", mais encore moins "Charlie Hebdo". Il n’a jamais goûté les incessantes provocations de ce journal, ridiculisant notamment les religions en vertu d’une indissoluble liberté de blasphème, au risque de blesser ou de heurter une multitude de musulmans de France. Il précisait que l’immense mouvement de foule identifié au nom de Charlie, s’il revendiquait des valeurs républicaines et libérales, portait également les stigmates d’une sinistre histoire nationale : conservatisme, égoïsme, domination, inégalité. Dès lors agoni d’injures pendant des mois, l’historien a pris ses distances avec le courant Charlie et ses présentes commémorations, refusant de s’exprimer davantage au pays même de la liberté d’expression - dont il se demande avec dépit ce qu’il reste à Paris.