Jusqu'au reniement de soi-même

Livres & BD

Camille Perotti

Publié le

Corinne Hoex, historienne d'art, est l'auteure de plusieurs études relatives aux arts et traditions populaires. Depuis quelques années, elle a choisi de se consacrer à l'écriture de fiction. En 2001, elle a publié son premier roman, "Le Grand Menu" (Editions de l'Olivier), puis un recueil de poèmes en 2002, "Cendres" chez Esperluète. Avec "Ma robe n'est pas froissée", Corinne Hoex poursuit sa réflexion sur l'abus de pouvoir dans le cercle familial.

Ecrit à la première personne, on a l'impression de pénétrer, dès les premières pages de ce roman, dans les mémoires intimes et terrifiants d'une jeune fille: "Lorque j'étais enfant, ton piège, à tout moment, se refermait sur moi. [...] Tes gifles s'abattaient, du plat et du revers. des gifles hargneuses qui s'acharnaient à te venger de cette médiocre progéniture."

CRUAUTÉ

La brièveté et le style acerbe, aux phrases courtes et tranchantes, amplifient le caractère incisif du roman. En trois actes, Corinne Hoex transmet le sentiment très désagréable d'être témoin d'un crime auquel on reste impuissant. Au début, on apprend que le père de la narratrice est mort et elle lui parle, à l'image d'une lettre posthume. On découvre alors avec horreur l'enfer quotidien de l'enfant puis de la jeune fille, battue par son père. "La peur de toi m'a tenu lieu de raison d'être". L'angoisse, surveiller chacun de ses gestes, la soumission. L'écrivaine traduit l'ambiguïté de la relation, le désir pour la fille de plaire à son père, le père recherchant la fille parfaite, inévitablement déçu, puis le geste ou la parole déplacée qui conduit aux représailles.

Dans l'acte deux, c'est le rapport avec la mère qui est évoqué. La cruauté implacable de la mère vaut celle du père, même si elle est essentiellement psychologique. La destruction du corps que symbolisait le père est remplacée par l'indifférence totale, l'ignorance de sa fille en tant qu'être humain pour cette mère incapable de sentiments.

Enfin, l'acte trois parachève cette vie teintée d'instinct de survie. Un "amoureux" apparaît, mais, à son tour, il se révèle violent, impulsif, à la personnalité dévorante, synthèse de la violence des parents. La jeune fille ne s'accomplit pas en tant que femme, elle renie jusqu'à sa propre existence. Tel un piège, le cercle vicieux se referme sur elle. Il lui faut continuer à vivre comme un oiseau blessé.

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