Katarina dans la Tourmente

Francis Matthys Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

Il est des séries qui ne font pas de bruit mais dont la découverte va droit au cœur des lecteurs, s’y gravant silencieusement. Ainsi, à la mi-2001, quand parut "Le dernier printemps", premier volet d’"Amours fragiles", tombâmes-nous sous le charme de ses protagonistes tourmentés, imaginés par Jean-Philippe Richelle et mis en page par Jean Michel Beuriot, dessinateur dont l’élégant graphisme peut parfois rappeler celui d’un Loustal, d’un Saudelli, d’un Rodolfo Torti. Mélodramatique (ce qui n’est pas un reproche), cet album de 83 planches en délicates couleurs de Scarlett Smulkowski, nous replongeait dans l’Allemagne des années trente, empoisonnée par le national-socialisme et l’antisémitisme, puis dans la décennie suivante, en France.

Principaux personnages de ce "Printemps", un étudiant en littérature, Martin Mahner, et la fille d’un médecin juif, Katarina Braun, une jeune voisine dont Martin fit la connaissance en 1932, s’attachant aussitôt (mais secrètement) à elle. Katarina fuira son pays sur lequel plane l’ombre de la Mort et s’installera à Paris, comme si elle pressentait le "long destin de sang" dont parle Apollinaire en 1915 dans l’un de ses déchirants poèmes à Lou. Paris où Martin - qui exècre le nazisme mais n’ose à ce moment le combattre vraiment - la retrouvera en 1938. Paris où il la retrouvera encore, alors qu’il porte l’uniforme d’officier d’occupation, quelques années plus tard.

Quelques années plus tard Précisément, pour lire la suite du "Dernier printemps", il fallut aux bédéphiles cinq années de patience, le tome 2 de cette saga historique et sentimentale, "Un été à Paris", ne paraissant qu’en mars 2006; le troisième, "Maria", sortit en août 2007, et voici qu’en arrive le suivant (mais non pas le dernier) qui confirme l’excellence graphique et narrative d’une série bouleversante, rigoureusement documentée. Avec simplicité autant qu’avec une force saisissante, "Katarina" rappelle l’incrédulité de bien des Juifs de France qui, dans un premier temps, ne purent imaginer l’inimaginable, convaincus qu’étant citoyens français, ils ne seraient jamais exposés à l’horreur à laquelle tant d’entre eux se verront pourtant livrés. Pour ses qualités humaines et artistiques, on ne peut que recommander chaleureusement "Amours fragiles", qui obtint le prix du jury œcuménique d’Angoulême (dès 2002) et le Bédélys d’or de Montréal : une chronique haute en douleur, qui vous met l’âme en larmes. C’est peu de dire qu’impatiemment l’on en attend les volumes à venir.

Francis Matthys

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