Comédienne, notamment dans la compagnie de Joël Pommerat, Isabelle Rivoal est à l’affiche du "Petit chaperon rouge" mais a plus d’une corde à son arc. Née près de Paris en 1965, trapéziste et danseuse, elle est aussi, depuis peu, écrivain. En cette rentrée 2012, elle publie son premier roman, "Grosse", l’histoire d’Adèle, devenue immensément grosse, un chapiteau de chair si énorme qu’on ne distingue pas les limites de son corps et qu’elle se retrouve incarcérée dans son appartement malgré le soutien de son petit mari. A la première personne, sans sensibilité et presque avec distance, Isabelle Rivoal raconte le parcours de cette femme extraordinaire qui a choisi de faire de sa vie un plaisir sensoriel sans fin.

Pourquoi avez-vous commencé à écrire, vous qui racontez des histoires sur scène ?

J’ai toujours écrit tout en étant comédienne. J’ai participé parfois à l’écriture des spectacles dans lesquels je jouais, mais c’est cette histoire autour d’Adèle et du corps qui a fait naître le désir d’un roman.

Comment avez-vous imaginé ce personnage de femme énorme ?

J’ai imaginé ce que ce serait de ne vivre qu’à travers et par son corps et que celui-ci prenne toute la place. Adèle a pris forme avec toute sa féminité exacerbée. Ses principaux échanges avec le monde sont la nourriture et le sexe.

Pensez-vous qu’il y ait un lien entre votre métier qui exige une maîtrise exigeante du corps et l’idée d’insensibilité et de non-contrôle du corps d’Adèle ?

Cette sensation d’omniprésence du corps, il m’est arrivé de l’éprouver souvent en tant que femme et effectivement aussi dans ma pratique de danseuse, où on est toujours ramené au corps et son fonctionnement. Ça prend beaucoup de place dans la tête. Écrire est peut-être une façon de le mettre au repos !

Être extrêmement grosse est presque considéré comme une provocation aujourd’hui. Avez-vous pensé à ce “sujet de société” lors de l’écriture ?

Dans notre société, le gras est perçu comme un relâchement de la volonté, un laisser-aller condamnable contraire à une idéologie de la maîtrise, de l’action. En ce sens, Adèle, assumant avec volupté son inertie et son volume pourrait être une provocation.

Grosse Isabelle Rivoal Le Dilettante 256 pp., env. 19 €