Sans doute n’est-ce pas un hasard si l’un des trois enfants de Marie-Aude Murail s’appelle Charles. La célèbre auteur de livres pour enfants et adolescents - décorée de la Légion d’honneur pour services rendus à la littérature ! - voue en effet une admiration sans bornes à Charles Dickens (1812-1870) dont elle vient d’adapter "Les Grandes Espérances" (1861), l’occasion inespérée de redonner vie à ce grand classique de la littérature et de renouer avec Pip, Joe Gargery, Biddy, Miss Havisham ou encore la belle et froide Estella pour ne citer que quelques-uns des quarante personnages de ce roman fleuve publié d’abord sous forme de feuilleton. Au texte élagué mais conséquent (527 pages publiées en grand format) viennent se greffer les délicates illustrations de Philippe Dumas qui sont une adaptation en soi, des crayonnés aux couleurs terre qui respirent, dès la première bouffée, l’Angleterre du dix-neuvième. A l’image de l’écriture de Marie-Aude Murail qui propose deux styles diamétralement opposés avec d’une part une fibre très sociale dans "Baby-sitter blues" et "Oh boy !", deux livres cultes pour les ados, et de l’autre, les "Malo de Lange", "Miss Charity" ou l’adaptation des "Grandes espérances".

Pourquoi cette passion pour Charles Dickens ?

J’ai découvert Dickens parce que je m’ennuyais. Mon père avait "Les Aventures de Mr Pickwick" dont le premier chapitre était plutôt ardu. Comme je n’avais rien d’autre à faire, j’ai continué. J’ai alors découvert l’humour, qui n’est pas la caractéristique essentielle des classiques français, et des personnages auxquels on s’attache comme le petit John dans "Notre ami commun" où je pleurais à sa mort. Après je me suis intéressée à l’auteur et j’ai découvert que sa vie était comme ses romans, que c’était quelqu’un d’épatant, un résilient, un garçon qui s’est retrouvé à l’usine du jour au lendemain parce que son père avait sombré mais qui avait un formidable appétit de vie.

Combien de temps vous a pris cette adaptation ?

Trente ans si l’on tient compte de ma thèse sur l’adaptation des classiques, de mes recherches en Angleterre grâce à la bourse du British Council et de mes nombreuses relectures.

Comment avez-vous procédé ?

Les illustrations m’ont permis de supprimer de longues descriptions. Pour le reste, j’ai réalisé un travail minutieux mais comme Dickens était payé à la livraison et que le roman est d’abord paru sous forme de feuilleton, j’ai supprimé des répétitions et réduit le texte de moitié.

De grandes espérances Charles Dickens, adaptation de Marie-Aude Murail Ecole des Loisirs 527 pp., env. 25 €. Dès 15 ans.