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L’Epervier revient à la hune

Christophe Blaivie

Publié le - Mis à jour le

Nouvelle maison d’édition - Quadrants - et nouveau cycle pour un Epervier qui était en cale sèche depuis 2005. Calfaté de neuf, l’intrépide est reparti pour de nouvelles aventures...

Il faut dire que Patrice Pellerin prend le temps de - bien - faire les choses. Natif de Brest mais ayant bourlingué au gré des affectations de son père Préfet, ce diplômé des Beaux-Arts a eu comme pygmalion Pierre Joubert, dessinateur officiel du mouvement scout. L’Histoire chevillée au corps, Patrice Pellerin rencontre Jean-Michel Charlier, un autre mentor, avec qui il signera deux albums de "Barbe Rouge". Avec Kraehn, il conçoit le scénario des trois premiers tomes de la série moyenâgeuse "Les Aigles Décapitées". Mais Pellerin veut voler de ses propres ailes "En sortant de Barbe Rouge, l’Epervier s’est imposé à moi. J’avais envie de continuer dans cette veine mais en étant le seul maître à bord."

En 1994 paraît "Le Trépassé de Kermellec" ou les aventures du Chevalier Yann de Kermeur, héros balafré se situant entre Albator et Geoffroy de Peyrac. Gentilhomme breton ? Galérien frappé de la fleur de lys ? Corsaire du Roy ? L’Epervier cultive une certaine ambiguïté. Une chose est sûre, il est bon marin, croise le fer avec dextérité et, cerise sur le gâteau, il plaît à la gent féminine ! Causera-t-elle sa perte ? "J’aime dessiner les femmes mais il faut reconnaître que la mode au XVIIIe siècle n’était pas des plus sexy. Le personnage de l’Epervier a ses fêlures, je me réserve le droit de les dévoiler."

Dans ce nouveau cycle de six albums, l’Epervier quitte les bouges de Recouvrance et la moiteur de Cayenne pour les salons dorés de Versailles, certes pas moins dangereux. Habitué aux grands espaces, notre Epervier est moins roué aux intrigues de Cour. "Cet album est peut-être plus statique que les précédents mais il fallait bien poser les jalons "

Dans un format plus généreux, le travail de Pellerin prend toute sa dimension. N’hésitant pas à recouper ses sources auprès d’historiens, l’auteur consulte une foultitude de documents pour faire revivre le Versailles sous Louis XV. Aucune moulure n’échappe à cet orfèvre du neuvième art, un peu moine bénédictin sur les bords. "À partir du moment où on représente Versailles, il n’y a pas de demi-mesure, il faut y aller à fond."

Le père de l’Epervier n’est pas l’auteur de l’à-peu-près, ce qui explique qu’il se fasse un peu désirer auprès d’un public qui croît de manière exponentielle au fil des albums. "J’ai une interactivité très forte avec mes lecteurs. En Bretagne, le phénomène d’identité est très développé si bien que j’ai des fans bretons qui n’ont jamais lu d’autres BD que les miennes ou quasiment. Les hommes de mer me disent que j’ai bien respecté les allures de tel bateau, cela me flatte D’autres poussent le bouchon jusqu’à se faire photographier dans les lieux visités par l’Epervier, dont la Guyane. Ils s’y font tirer le portrait et m’envoient un mail. C’est fou !" Patrice Pellerin a ainsi été sollicité par les pouvoirs publics dans le cadre de la rénovation du fort du Taureau, au large de Morlaix, tanière de l’auteur.

Par rapport au paysage de la bande dessinée, Patrice Pellerin s’inscrit dans un courant résolument réaliste. "Mon public va de 7 à 101 ans, l’âge de ma grand-mère qui est aussi ma première lectrice. J’aime la Belgique parce que les gens ont une véritable culture de la BD. En France, la BD d’aventure est parfois considérée comme un art mineur, c’est tout juste si elle ne s’achète pas sous le manteau." Les séances de dédicaces ? "C’est l’occasion d’aller à la rencontre des lecteurs et de sortir de la table à dessins. J’ai un peu plus de mal avec le côté "collectionneurs", cela me gêne un peu."

Sans déflorer l’intrigue des prochains albums, on peut imaginer l’Epervier en route vers le Canada, au temps des pionniers français et des Amérindiens. "C’est une époque qui n’a pas été abordée par la bande dessinée, si bien que je sens une très forte attente des lecteurs au Québec."

Voilà le décor planté d’une saga maritime qui ne s’étiolera pas succès faisant. Promis. "J’ai vu des séries tendre vers la facilité, ce n’est pas mon optique."

Bon vent Ar Sparfell !

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