L’épouse d’une âme brisée

L’épouse d’une âme brisée
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Livres & BD

Geneviève Simon

Publié le - Mis à jour le

Chicago, octobre 1920. Lorsqu’elle rencontre un certain Ernest Hemingway, Hadley Richardson a vingt-huit ans et l’ardent désir d’obtenir le meilleur de la vie. Lui n’en a que vingt mais est revenu blessé de la Grande Guerre, qui ne va cesser de le hanter. Ecrire sera d’ailleurs pour lui une façon de se prouver qu’il n’est plus mort. A peine marié, le couple traverse l’Atlantique pour s’installer à Paris qui grouille alors d’artistes venus de divers horizons, peintres, danseurs, écrivains. Si Hadley peine à s’acclimater à un univers qui n’est pas le sien, pour Ernest, c’est le coup de foudre. D’autant que, très vite, il rencontre Gertrude Stein qui l’inclut dans son riche réseau, singulier vivier où l’on croise Ezra Pound ou Francis Scott Fitzgerald, où l’absinthe se consomme sans répit, où l’amour s’affranchit de tout. L’on suit aussi les Hemingway jusqu’en Espagne où Ernest se fascine pour les corridas, en Autriche où skier les émerveille, de passage à Toronto pour la naissance de leur fils avant un retour en France et un séjour sur la côte méditerranéenne. Ce, alors que Pauline Pfeiffer, journaliste à "Vogue" et amie d’Hadley, devient la maîtresse d’Ernest.

Elaboré à partir de "Paris est une fête" - titre posthume dont la version intégrale comportant huit vignettes inédites est parue chez Gallimard en mai dernier -, "Madame Hemingway" est le premier roman de Paula McCain à être traduit en français. Son point de vue est celui d’une femme qui tente inlassablement d’épauler son mari, de le comprendre malgré ses excès, de tenter d’apaiser son âme brisée, quand lui verrouille certains pans de ce qui le constitue. Jusqu’au suicide d’Ernest des années (en 1961) et trois mariages plus tard, Hadley ne cessera de l’aimer. Sous ce portrait enlevé d’une épouse fidèle à ses valeurs se dessine la naissance d’un écrivain. Hemingway veut réussir. Il y met exigence et opiniâtreté, multiplie les collaborations, interviewe Mussolini, couvre le conflit en Turquie, dépeint la tauromachie. Peu à peu son horizon s’éclaircit, le journaliste devient romancier, "Le soleil se lève aussi" est publié. "Il ne serait plus jamais inconnu. Mais nous ne serions plus jamais aussi heureux." Cette reconnaissance tant espérée n’empêchera pas Hemingway (en 1924 sur la photo ci-contre) de demeurer un trompe-la-mort torturé, "comme si la souffrance l’aidait à aller au plus profond de lui-même chercher l’étincelle qui mettrait le mécanisme en route". N’a-t-il pas écrit qu’"il vous faut souffrir le martyre avant de pouvoir écrire sérieusement" ?

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