Des artistes, nos journalistes... partagent une sidération artistique, une épiphanie culturelle, une révélation qui les a marqués, touchés au cœur.

Voici la contribution de Francis Matthys, collaborateur culturel à "La Libre Belgique", ex-responsable des pages littéraires.

À la dernière page du Journal d’un curé de campagne, Bernanos l’affirme : "Tout est grâce". Nous fermons les yeux un instant pour tutoyer du regard des images dont la grâce nous enchante : le David de Michel-Ange, La Rivière de Maillol, les femmes/rêves de Paul Delvaux, tout de silence dévêtues, l’Héraclès archer d’Antoine Bourdelle ou le portrait de Suzy Solidor par Tamara de Lempicka. Et, pourquoi pas ?, revoir Alain Delon et Romy Schneider dont la sensualité embrase le premier quart d’heure de La Piscine, ou la sculpturale Ursula Andress sortant de l’eau en bikini blanc, dans James Bond contre docteur No, vision qui fait un brin penser à La Naissance de Vénus de Botticelli, joyau des Offices à Florence. Des images ? Fermez les yeux. Laissez venir à vous les vôtres.

Soudain, l’envie de se retrouver à Londres. Aussi, replongeons pour la Dieu sait quantième fois dans La Marque jaune d’Edgar P. Jacobs. Alors qu’il n’était pas encore l’un des dix membres de l’Académie Goncourt, mais en avait déjà obtenu le prix (pour La Bataille en 1997), Patrick Rambaud nous confia un jour que la première chose qu’il fit lorsqu’à Londres il débarqua pour la première fois, fut de héler un taxi qui le conduisit à Tavistock Square, là où, dans La Marque jaune, habite le docteur Septimus. Puis retournons vers le précédent chef-d’œuvre du Bruxellois Jacobs, Le Mystère de la Grande Pyramide, où l’on apprend que le physicien professeur Mortimer, archéologue amateur par hobby, est féru d’égyptologie. Sur ce, remontons à bord d’un des meilleurs Tintin, Les 7 Boules de cristal (que suivra Le Temple du soleil) dont l’un des personnages est l’américaniste dans le salon duquel trône la péruvienne momie de Rascar Capac : le professeur Bergamotte. Pour créer ce savant au rire sonore et à la vigoureuse poignée de main, Hergé s’inspira d’un illustre compatriote, Jean Capart, qui dirigea la Fondation égyptologique Reine Elisabeth.

Qu’on nous autorise ici un souvenir particulier. Nous avons sous les yeux un carton d’invitation pour assister, le lundi 19 janvier 1931 à 19h30, au Théâtre Patria (23, rue du Marais, à Bruxelles), à une conférence donnée par Jean Capart, conservateur en chef des Musées d’art et d’histoire, intitulée "Impressions d’Égypte-Le Voyage royal de 1930" et précédée d’une audition de musique orientale de G. Knosp, par Melle Céline Fassiaux, Grand Prix du Jury supérieur de Belgique. Cette pianiste de vingt ans, c’était notre maman.