En ce temps-là régnait donc encore l’infatigable Prince. L’hystérique et tressaillant monarque était tout-puissant et omniprésent. Il courait dans tous les sens, gesticulait à l’envi, hélait son monde sur tous les tons. Quoique. Car, en cette fin de premier quinquennat, l’ombrageux potentat commençait de ruminer quelques doutes. Les instituts sondeurs, en effet, le donnaient vaincu au prochain plébiscite. Au point, insiste le rieur sieur Rambaud, roi du pastiche, en son sixième et ultime tome des saint-simoniennes "Chroniques du règne de Nicolas Ier", que comme "ses discours permanents avaient saturé les oreilles de ses sujets, il apprit à se taire, se voulant une stature et de la hauteur".

Le menu peuple, décidément, était usé et gavé par l’arrogante jactance de son seigneur, malgré les fusées qu’il avait envoyées au printemps précédent sur Benghazi, où les derniers féaux du fou tyran mahométan Kadhafi poursuivaient une opiniâtre résistance. Et en dépit d’une opération musclée des forces de l’ordre établi contre l’hideux assassin Merah qui, réfugié dans un réduit à Toulouse, "se flattait d’avoir eu droit à des cours particuliers de terrorisme au Pakistan".

Qu’à cela ne tînt. L’opposition au Parti impérial devait être plus rude que ne l’escomptait l’auteur de l’inoubliable "Casse-toi, pauv’con". Le retrait, contraint et forcé, de M. Sinclair de Strauss-Kahn, duc de Washington, compromis dans une très vilaine affaire de mœurs au fin fond d’une auberge new-yorkaise, avait laissé le champ libre à M. de la Corrèze, suzerain de Tulle, "candidat par défaut" - dira Nicolas - du Parti social. Celui-ci, de fait, avait sacrément remédié à son embonpoint, et sérieusement raffermi son langage. Tentant, comme il le pouvait, de corriger son image de flan au caramel. Au grand dam des caricaturistes, qui n’y voyaient rien d’aussi risible que chez le despote électrique du lustre précédent.

Celui-ci fut donc défait par son concurrent social. Pris de court par un changement de script qui ne l’avait guère servi. Croyant de longue date être confronté en dernière instance au duc de Washington, Nicolas lui réservait en effet une botte secrète digne des meilleurs romans. Histoire de le couler, une fois bel et bien candidat, à l’aide d’un noir dossier accréditant sa mise en cause dans une sombre mascarade où il eût requis à ses côtés les blandices de quelques hétaïres au Carlton de Lille.

Or, les choses ne tournèrent point en sa faveur. A la grande joie de M. Patrick Rambaud, définitivement las de tenir cette succulente et jouissive "Chronique", qu’il vendit chez les marchands entre 80 et 100 000 exemplaires, bon an mal an. Nous donnant peut-être désormais rendez-vous un autre jour, qui sait, avec M. Copé, duc de Meaux et prétendant au Trône, dont l’arrivisme forcené n’a de rival que son Moi ultradilaté.

Tombeau de Nicolas Ier et avènement de François IV; Patrick Rambaud; Grasset; 232 pp., env. 16 €