Pour la 3e année consécutive, la Foire du Livre de Bruxelles consacre un recueil ("Des murs et des mots") qui donne voix aux invisibles ou à des personnes tenues au silence en raison de leur situation sociétale. Pouvez-vous rappeler la genèse de ce projet ?

Avant tout, il y a une dimension littéraire que nous tenons à conserver dans les trois volumes. Ainsi, le premier, "Des traversées et des mots", avait donné un espace d’écriture, de parole à des auteurs migrants. Le deuxième, "Des rencontres et des mots", avait fait se croiser des auteurs reconnus avec des personnes en situation précaire (SDF, prostituées…). À l’issue de ce travail, nous avons été approchés par la Concertation des associations actives en prison (Caap ASBL). Nous avons mené avec elle plusieurs actions, dont le concours d’écriture en prison "Libre d’écrire". Au sortir de ces actions, en décembre 2019, j’ai proposé à mes partenaires (Amnesty International, Médecins du Monde, TraduQtiv…) de mener un troisième recueil sur l’enfermement sous toutes ces formes (psychiatrique, politique, de genre…). Et nous avons été rattrapés par le Covid… Dans "Des murs et des mots" (19 auteurs), il y a donc deux types de textes : ceux qui parlent de l’enfermement, mais pas du Covid, et ceux qui évoquent avant tout la pandémie et le confinement.

Particularité, dans ce nouveau volume, ce sont tant des auteurs professionnels que des anonymes qui tiennent la plume.

Absolument. Chacun a pu tenir la plume, dans des conditions un peu différentes. L’important était qu’il y ait une vraie écriture, un vrai univers. Par exemple, le texte "Masqu’Arade" a été produit lors des ateliers en prison de Nicolas Swysen (comédien, metteur en scène, directeur de la Cie Gambalo, NdlR). Il y a aussi le texte "Pensée bulleuse" de Philippe, qui est un SDF qui écrit de la poésie. Nous avons aussi travaillé avec la Maison des femmes de Molenbeek via des ateliers artistiques et d’écriture à distance. Il y a ainsi deux textes et cinq illustrations qui proviennent de ces ateliers. Nous avons également un nouveau partenariat avec l’ASBL Alpha-Signes qui donne des cours d’alphabétisation à des adultes sourds (texte "Signes" de Rachida).

Plein d’humanité, ce recueil permet de se rendre compte de la souffrance de l’enfermement chez autrui, au-delà du confinement qui nous touche tous.

Oui, il y a, dans ce volume, un retour à la dimension humaine, avec des textes aussi très durs (sur la violence conjugale, l’autisme…). J’ai choisi de commencer ce recueil avec "Lettre à Bill" de Philippe Raxhon, qui parle de l’enfermement historique, la Guerre 40-45, et de le finir avec un texte d’anticipation, "Gazette", de Nicolas Swysen (il projette notre vie de confiné en 2028, NdlR). Entre ces deux poteaux indicateurs, on a toute une humanité qui fait ce qu’elle peut, qui essaye de survivre.