Selon nos informations, l'oeuvre du dessinateur de Boule et Bill, Jean Roba, est enfin protégée dans une fondation privée, conformément à ses voeux. Cette structure juridique vient tout juste d'être mise sur pied par la veuve du créateur belge, un peu plus de deux ans après la disparition de celui-ci, à l'âge de 75 ans. C'est que ce Bruxellois qui a fait son chemin avec le succès que l'on sait dans le monde de la banque dessinée, exploitant au passage les produits dérivés simples comme les figurines ou les affiches publicitaires, n'a jamais cédé ses planches originales.

La collection contenue dans la Fondation Roba est donc complète avec 1 200 planches, 450 dessins, de la correspondance, des photos... Et sa valeur est aujourd'hui inestimable, par l'absence d'un marché. "Il y a peut-être quatre ou cinq planches originales qui ont quitté la collection, mais pas plus", nous explique David Gillet, un des administrateurs de la fondation.

On sait toutefois que les dérivés, les couvertures de Spirou dessinées par Jean Roba, les feuillets promotionnels, sans oublier quelques rares mini-récits, sont très prisés des collectionneurs. On est donc là face à un véritable trésor de la bande dessinée belge, l'oeuvre imprégnée de bons sentiments et du bonheur de vivre, ayant séduit des générations de lecteurs de tous âges. Cela étant, "il n'est pas question de vendre ces originaux", assure encore David Gillet. "Jean avait une terreur : voir son oeuvre éparpillée, vendue", nous explique Madame Roba.

Pas de but lucratif

Elle nous accueille dans sa belle maison à Jette, où l'artiste est encore présent partout où se porte le regard. Des tableaux, des dessins, des caricatures, des planches dédicacées. L'homme était visiblement attaché à ses dessins, et à ceux de ses amis. "La dispersion de son oeuvre ? Il avait horreur de ça, et avait clairement exprimé sa volonté de la voir préservée dans son ensemble. Mais il lui déplaisait aussi de penser à sa mort... On nous a fait des propositions de structures juridiques, mais trop complexes ou trop dangereuses", assure encore Madame Roba. "Et puis, le contexte a changé. Jadis, les planches originales avaient peu de valeur, mais aujourd'hui, il y a un marché pour cela. Enfin, j'ai fait un choix maintenant, plus sûr, puisque la loi belge a changé", conclut-elle.Des statuts sans équivoque

Mais pourquoi une fondation privée ? La loi du 2 mai 2002 (entrée en vigueur le 1er juillet 2003) qui a remodelé l'environnement juridique des associations sans but lucratif, a également défini un cadre pour les fondations privées. Celles-ci permettant notamment de préserver l'oeuvre d'un artiste, comme on l'explique par ailleurs.

Précisément, les statuts de la Fondation Jean Roba prévoient la mise en oeuvre des moyens nécessaires pour "promouvoir l'ensemble de l'oeuvre de feu Monsieur Jean Roba". Un but désintéressé, on l'aura compris. La veuve de Jean Roba qui était propriétaire de la totalité des planches originales, les a données à la Fondation qu'elle dirige avec des administrateurs bénévoles. Et cela, pourtant, après en avoir racheté une partie à des membres de la famille de Jean Roba, et après avoir payé des droits de succession... Cela étant, la fondation qui a été dotée de fonds minimaux devra vivre, et pour ce faire, mettre en oeuvre une stratégie financière. Comment ? Dans les objectifs définis par les statuts, on retrouve ainsi quelques pistes opérationnelles. Il y a bien entendu l'organisation d'expositions et de conférences, en Belgique et à l'étranger, éventuellement par le biais de partenariats. Mais aussi, consécutivement à la numérisation complète de l'oeuvre de Roba, entamée en 2002, un des objectifs de la fondation est de "veiller a l'accès de l'oeuvre par les nouvelles technologies de l'information et notamment par internet". On peut donc rêver d'un Musée Roba sur la toile...

David Gillet, spécialiste de la bande dessinée, qui a organisé l'exposition du Chat, songe notamment à une expo Roba. "Mais pas dans l'immédiat, c'est une grosse machine à mettre en route. Dans un premier temps, nous allons publier des ouvrages sur l'oeuvre de Jean Roba, sur sa technique. Ensuite, tout est possible, comme la création d'un prix Roba pour les jeunes dessinateurs". Madame Roba songe pour sa part à un site internet, et un blog pour les fans de Roba. Idées et contributions sont dès lors bienvenues...

Enfin, la fondation compte avant tout dans ses objectifs, la préservation des oeuvres originales de l'auteur. Au final, les amateurs des sympathiques personnages créés par Roba, de Boule et Bill en passant par Caroline la tortue et la bande de fripons de "La Ribambelle" auront donc l'occasion dans le futur de découvrir des trésors cachés.