La série Largo Winch chez Dupuis fait partie, avec XIII et Thorgal notamment, des plus grands succès du scénariste belge Jean Van Hamme. Si depuis le tome 21, il a passé le relais à Eric Giacometti, le dessin de cette série mettant en scène un aventurier-milliardaire d’un genre particulier est toujours assuré par Philippe Francq. Jean Van Hamme n’en avait pas pour autant fini avec les Winch puisqu’il a décidé de se pencher sur leurs origines. Avec Philippe Berthet au dessin (Pin-Up), il propose, toujours chez Dupuis, une série en trois tomes intitulée La fortune des Winczlav. Le premier, Vanko 1848, est en librairie. Sont attendus, Tom et Liza 1910 et Danitza 1965.

Van Hamme avait déjà eu recours au portrait de famille (avec un tome pour chaque génération) dans sa saga brassicole consacrée à la famille Steenfort, Les Maîtres de l’orge, parue chez Glénat dans les années 90. Nous y reviendrons.

Un médecin monténégrin

En 1848, Vanko Winczlav est un médecin monténégrin de 25 ans qui prend la tête d’une révolte paysanne dans ce petit État contrôlé par les Ottomans. Recherché après une émeute qui fit de très nombreux morts chez l’occupant, le jeune médecin est contraint de fuir. Il se retrouve après quelques péripéties sur un bateau qui le mène à New York en compagnie d’une autre exilée qui a fui la Bulgarie et qui lui a sauvé la vie, Veska Stojanova. Il l’épouse sur cette embarcation pour permettre à Veska, qui n’a aucun papier d’identité sur elle, d’entrer sur le sol américain. Sur place, comme il ne possède aucun diplôme reconnu, Vanko ne peut exercer la médecine. Il est donc contraint de travailler dans une clinique privée comme infirmier pour payer ses études de médecine. Veska, qui est enceinte des suites d’un viol, met au monde un petit garçon, Sandor, dont elle refuse de s’occuper. Le couple finira par divorcer et c’est Vanko qui prendra en charge le garçon. Sur fond de guerre de Sécession et de conquête de l’Ouest - on y croise même Buffalo Bill -, l’histoire de Vanko Winczlav est parsemée d’embûches.

Les Maîtres de l’orge et le féminisme

Le dessin de Berthet, reconnaissable entre mille, est parfait pour illustrer cette Amérique en pleine croissance qui accueille encore tous ceux qui veulent y tenter leur chance.

Quant au scénario de Jean Van Hamme, on ne peut décidément pas s’empêcher d’y voir une parenté évidente avec Les Maîtres de l’orge. Certes, ce préquel de Largo Winch ne parle aucunement de l’histoire d’une brasserie à travers les siècles, mais les mariages, les trahisons et la manière dont le récit est développé sont assez proches de cette autre saga à succès. Malgré tout, on passe un moment agréable en lisant ce premier tome. Van Hamme sait y faire et l’inévitable cliffhanger qui ponctue ce premier chapitre donne envie d’en savoir plus sur les origines de la fortune dont héritera, un jour, Largo.

Van Hamme donne aussi à ses personnages féminins les plus importants un tempérament féministe qui résonne avec les questions qui se posent encore aujourd’hui avec acuité en matière d’égalité homme-femme. Notamment à travers la question de l’avortement et de l’indépendance professionnelle.

  • Van Hamme et Berthet | La fortune des Winczlav. Vanko 1848 | BD | Ed. Dupuis | 56pp. Prix 15, 95 €, version numérique 10 €

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