L’écrivain et prix Nobel portugais (en 1998), José Saramago, est décédé vendredi, à 87 ans. Il affirmait "écrire pour comprendre" un monde qu’il dépeignait comme "le siège de l’enfer". Des livres pleins de fantaisie, mais qui allaient de pair avec une personnalité révoltée par toutes les injustices du monde, du Portugal à la Palestine, un gauchiste assumé et talentueux.

Inscrit au Parti communiste, alors clandestin, il prit part à la Révolution des œillets en 1974 qui met fin à la dictature salazariste. En 1975, directeur-adjoint du grand quotidien "Diario de Noticias", il est licencié pour raisons politiques et décide de se consacrer totalement à la littérature. En 1992, Saramago fait scandale au Portugal avec "L’évangile selon Jésus-Christ", qui dépeint Jésus perdant sa virginité avec Marie-Madeleine. Furieux de l’accueil réservé à son livre, il quitte son pays pour s’installer dans l’archipel espagnol des Canaries. Très récemment, lors de la présentation de son dernier livre (non encore traduit) qui raconte de manière ironique l’assassinat d’Abel par Caïn, Saramago avait de nouveau créé la polémique en qualifiant la Bible de "manuel de mauvaises moeurs". Depuis 2008, l’écrivain, grand défenseur de la cause palestinienne, alimentait régulièrement un blog dans lequel il exprimait ses colères contre un monde "où des millions de gens naissent pour souffrir sans que ça n’intéresse personne". L’an dernier, Saramago avait vivement mis en cause le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi, le qualifiant de "virus" qui menace de "détruire le cœur de l’une des cultures les plus riches du monde".

Ses deux derniers romans traduits en français étaient des bijoux. Dans "Les intermittences de la mort" publié au Seuil, en 2008, Saramago, alors âgé de 85 ans, pouvait voir la mort en face et jouer avec elle. Il fixait dans les yeux cette camarde qu’on préfère ne jamais voir. Il lui faisait jouer des rôles curieux pour démontrer que la mort est indispensable à notre bonheur. Dans ce roman qui a les allures d’une fable, il imagine qu’un jour la mort a décidé d’arrêter sans crier gare : les gens ne meurent plus. Au début, c’est l’allégresse. Enfin, l’immortalité tant rêvée est à nos portes. Mais vite, on déchante et, d’abord, dans les catégories qui vivent de la mort. L’Église catholique, la vieille ennemie de Saramago, est privée de son plus gros capital : la Résurrection et la vie après la mort n’ont plus de sens.

Deux ans plus tard, à 87 ans, José Saramago, restait un fieffé gamin, toujours prompt à polémiquer ou écrire des romans pleins de fantaisies. Son livre, "Le voyage de l’éléphant", raconte l’histoire d’un éléphant offert jadis par le roi du Portugal João III à l’archiduc Maximilien d’Autriche, gendre de Charles Quint. Sur la base de cette histoire vraie, son imagination a pris la vitesse de l’éclair et il raconte comment ce pachyderme de quatre tonnes de chair et d’os et de trois mètres de haut a pu faire à cette époque (1551) un si grand voyage, y compris par le col du Brenner enneigé.

Une manière à nouveau d’être un moraliste, observateur ironique et politique, mais tout en veillant à emporter ses lecteurs dans des histoires passionnantes.