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L’esprit peut mentir, tromper, feindre. Pas le corps. Il ne peut dire que la vérité, la nue, la crue, la terrible vérité. Le 28 février 1935, Julien Green notait dans son Journal : "Cette nuit, je me suis demandé pourquoi je ne ferais pas le portrait de mes personnages nus D’ordinaire les personnages de roman se réduisent à des bustes. Cependant le corps dit la vérité tout autant que le visage". Stéphane Lambert, romancier et essayiste, a entrepris une tâche plus délicate et plus ambitieuse : mettre son propre corps à nu. "Le corps après tout en sait autant que l’âme" (Paul Claudel).

Premier souvenir : la vue du sexe de son père allant prendre une douche. Ce jour-là, une image de l’homme s’est figée, "irréconciliable avec celle d’avant la nudité et la chose apparue devant mes yeux". Du côté du corps de sa mère, pas de confrontation : "Il est sans interdit et sans mystère. Ainsi l’a-t-elle décrété". Quant à son propre corps, il lui déplaît : trop maigre, squelettique même. Vient le grand tournant : un adulte lui révèle le plaisir. "Compte tenu de mon âge précoce, cette affaire ne devrait concerner que la justice. Mais c’est oublier l’espèce de bien-être candide que je ressentais dans ses bras. A partir de là, plus rien n’a été comme avant."

Viennent les années d’interrogations : que le plaisir puisse être un mal, doive se taire; que l’on peut se procurer un plaisir solitaire; que les camarades de classe ont un corps; que le flirt avec les filles peut donner le change sur une orientation sexuelle qui le porte vers les garçons. Bref, "l’adolescence et ses nuées horribles" (Montherlant).

Au terme de ce parcours narré d’une plume à la fois hardie et retenue, Stéphane Lambert aura embrassé d’un regard rétrospectif la formation d’un homme à travers les extases et les dégoûts de son corps. "Il y a toujours un peu de testicule au fonds de nos sentiments", disait Diderot.

Mon corps mis à nu Stéphane Lambert Ed. Les Impressions Nouvelles 128 pp., env. 12,50 €