Le culte d’Oscar Wilde

Eric de Bellefroid Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

Oscar Wilde ne vieillit pas. Plus d’un siècle après sa mort, en 1900 à l’âge de 46 ans, frappé d’une malédiction qui ponctuait sur le mode tragique une vie d’honneurs et d’excentricités, il se joue des modes avec une inaltérable légèreté. Peut-être aussi ce retour en grâce correspond-il présentement à une époque où l’élégance et l’esprit inspirent la plus vivante des nostalgies.

Inconditionnel du célèbre dandy, Gyles Brandreth est lui aussi, à sa façon, un étrange extravagant. Habité par le père de Dorian Gray, il en connaît l’œuvre visiblement dans les moindres replis, ce qui l’autorise aujourd’hui à publier un second épisode dans la collection "Grands détectives" des éditions 10/18. Un an après la parution en français d’"Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles", il remet en scène son héros fétiche dans un "jeu de la mort" qui exalte à nouveau ses talents d’enquêteur, parmi toute la gamme de son génie naturel.

Son "Éventail de Lady Windermere" est en train de triompher à Londres quand, le dimanche 1er mai 1892, lors d’un dîner du Club Socrate à l’hôtel Cadogan, il propose à ses "amis" un divertissement d’un goût douteux. Ce jeu de la mort qui consiste pour chacun, par bulletin secret, à inscrire le nom de la personne qu’il lui plairait de tuer. Le seigneur des lieux est d’ailleurs nommément visé.

Car tous, parmi ses invités, ne se vouent pas la plus tendre des affections. Même si l’on note là la présence d’Arthur Conan Doyle, célèbre géniteur de Sherlock Holmes, et de plusieurs autres de ses fidèles, dont son futur biographe Robert Sherard ou ce cher Lord Alfred Douglas ("Bosie") qui lui vaudra tant de déboires par la suite, signant d’ailleurs le début de sa déchéance finale.

Las, ce petit jeu pernicieux produit rapidement ses effets indésirables. La mort se met à frapper sans vergogne, jour après jour, les victimes potentielles dans l’ordre où elles ont été tirées. Sans pour autant cesser de mener la grande vie, arrosée des meilleurs vins et champagnes, Oscar Wilde conduit l’enquête avec, comme de coutume, la sagacité, le flegme et l’humour qui le distinguent. Jamais avare d’un aphorisme, d’un bon mot ou d’une exquise facétie.

Le roman - sachons-en gré à Gyles Brandreth et à son traducteur, Jean-Baptiste Dupin - est d’une remarquable fluidité, d’un rythme haletant, d’une précision délicate dans la peinture de mœurs et l’étude de caractères. Un bonheur pour les wildiens, les wildistes et les autres.

Eric de Bellefroid

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