Livres - BD

Chaque vendredi, La Libre sélectionne un livre paru en format "Poche" et vous en propose la critique.

Avec "Gil", Célia Houdart nous offre un petit roman léger et poétique comme une sonate. Elle y parle de musique, un sujet rarement abordé dans le roman. On y suit le destin et la carrière brillante d’un jeune ténor qui découvre par hasard la beauté de sa voix.

Célia Houdart n’a pas écrit un reportage sur l’opéra, mais bien un hommage à la musique débarrassée de ses masques. Si tous les éléments d’une carrière, et d’abord l’importance des professeurs, sont bien là, les noms sont fictifs, y compris ceux des compositeurs interprétés par Gil. Elle a aussi évité de choisir une "diva", une soprano adulée des foules car le sujet eut été trop romanesque et trop marqué par les légendes.

Le charme de ce livre délicat est dans son humilité. Gil de Andrade est le fils d’un immigré portugais et d’une mère psychotique en traitement dans un institut suisse. Tout jeune, il se plonge dans la musique et choisit le piano dont il veut faire sa profession. C’est un jeune, plutôt renfermé, et Célia Houdart montre bien le rôle crucial d’avoir de bons maîtres dans ce compagnonnage musical.

La musique est un long chemin, très exigeant, que Gil parcourt avec volonté. Quand il a 18 ans, il prend quelques jours de vacances au sud de la France avec son ami Olivier, quand la révélation lui vient. Ils écoutent à la radio une chanson des Smithsonians que Gil se met à reprendre à son tour. Une surprise de sa part, lui "si blotti en lui-même, qui parlait toujours bas, que l’on faisait répéter tout le temps". Mais là, sa voix surgit, limpide. "Quelque chose en elle avait changé. Gil passa la main dans ses cheveux avec un sourire vaguement gêné. Olivier presque choqué, dut faire un effort pour se concentrer sur la route. Le chant de Gil constitua immédiatement pour eux un grand mystère."

Célia Houdart aime cette idée que le talent peut surgir comme cela chez des gens inattendus, empêtrés dans leurs êtres, qu’il est un mystère qu’on doit accepter et ensuite travailler et faire fructifier. On est loin des "gagneurs" qui connaissent d’emblée leur voie qu’ils tracent alors sans frémir.

Gil avancera de cours en cours, vers les sommets comme l’ovation reçue à Covent Garden. Il aura connu aussi des échecs, comme celui douloureux aux Chorégies d’Orange.

Célia Houdart travaille sa phrase par petites touches, des presque riens qui disent tant. Comme la fin où la mère peut sortir une soirée de son hôpital venir embrasser son fils à la fin du concert. Elle lui offre des réglisses et ne voit pas que cette petite trace noire sur les lèvres de Gil vient de là. Elle y voit "du sang coagulé laissant dans la bouche un goût de fer".


Célia Houdart, "Gil", Folio n° 6101, 207 pp.