Chaque vendredi, La Libre sélectionne un livre paru en format "Poche" et vous en propose la critique.

Qu’est-ce qui fonde les Etats-Unis ? C’est à cette question qu’entend répondre Philipp Meyer dans “Le fils”, un roman époustouflant de maîtrise et de vigueur. Sur trois générations, par trois voix, nous est contée l’histoire des McCullough. Vers 1850, l’empire comanche s’étire du Mexique aux Dakotas. Le jeune Eli, onze ans seulement, est enlevé aux siens par ce peuple auprès duquel il vivra trois années parfaitement intégré. Avant d’être échangé un jour contre des vivres. Fort d’une volonté farouche, Eli participera à la conquête de l’Ouest puis à la guerre de Sécession, avant de devenir un grand propriétaire terrien et de fonder une dynastie. A ses yeux pourtant, la terre demeure plus importante que la famille. Fils de cet homme autoritaire et cynique, Peter a du mal à trouver sa voie dans l’existence. Il posera pourtant un choix, lors de la révolution mexicaine, qui déterminera son avenir et celui des siens. Jeanne Anne, sa petite-fille, a longtemps espéré un autre destin que celui que son père et les hommes de la famille avaient choisi pour elle. Mais elle ne pourra échapper aux mirages du pétrole, sa raison de vivre.

Il est question de pouvoir et de conquêtes. De pétrole et d’élevage. D’ambitions et de rêves. De cupidité et d’envie. De détermination et de solitude. Mais aussi, sous la liberté apparente et l’argent facile, de prisons. Eli est piégé par sa logique, Peter empêtré sous le joug du destin, Jeanne Anne victime de sa condition de femme. Surtout, personne n’a les mains propres, les conquêtes se faisant toujours au détriment d’un autre, quel qu’il soit.

Magistrale réflexion sur le sens de l’histoire, “Le Fils” voit Philipp Meyer s’affirmer en digne héritier de Faulkner, qui l’a inspiré. Tour à tour fascinant et passionnant, il interroge avec intelligence le pouvoir et la compassion, deux traits parmi les plus saillants de la nature humaine. Les jurés du Pulitzer ne se sont pas trompés en gardant ce “Fils” dans leur trio final. Mais cette année, Donna Tartt était tout simplement exceptionnelle.


Philipp Meyer, "Le Fils", Le Livre de Poche, 792 pp.