Chaque vendredi, La Libre sélectionne un livre paru en format "Poche" et vous en propose la critique.

Un père se résout à l’interdit, piégé par la nécessité d’être parfait vis-à-vis de ses enfants. Un chien incarne malgré lui l’ultime lien entre les membres d’une famille désunie. Une veuve joyeuse voit une nouvelle vie s’ouvrir à elle. Un homme se trouve par hasard face à la femme qui, un jour, lui a donné le sentiment d’être vivant. Un ex-mari rôde dangereusement dans la maison de son ex-femme, désormais remariée, qui l’a invité avec d’autres pour Noël. Un artiste récemment couronné par un prix prestigieux affronte la jalousie et le ressentiment de ses plus proches amis. “Un membre permanent de la famille” se compose de douze nouvelles où Russell Banks (1940, Newton, Massachusetts) passe au révélateur de sa brillante écriture les fragilités et les ombres de vies qui se déroulent loin des regards et des grandes villes.

C’est là, au détour d’un paragraphe, que surgit l’inattendu, avec sa déstabilisante charge d’instabilité et d’inconnu qui pousse chacun dans ses retranchements. Russell Banks, auteur de romans amples et ambitieux, cisèle ici des textes brefs et percutants – il n’avait pas publié de recueil depuis quinze ans. Il y a beaucoup d’émotion, parfois de la tension, dans ces nouvelles qui, pour certaines, ont précédemment paru dans diverses revues. Ecrivain engagé, autrefois activiste, aujourd’hui président de “Cities of Refuge North America” (qui offre l’asile à des écrivains menacés ou en exil), Russell Banks offre ici une intense brassée d’humanité.

Russell Banks, “Un membre permanent de la famille”, traduit de l’anglais (Etats-UnLe Poche dis) par Pierre Furlan, Actes Sud, Babe, 240 pp.