Chaque vendredi, La Libre sélectionne un livre paru en format "Poche" et vous en propose la critique.

En ces temps troublés, il est réconfortant de se plonger dans "Someone" et l’écriture tout en finesse et en subtilité d’Alice McDermott, aux côtés de personnages qui nous ressemblent. L’ordinaire de leur quotidien ancré dans les années 1930, leur cheminement pas toujours linéaire dans l’existence, leur générosité, leur attachement aux fondamentaux font de ce finaliste du National Book Award 2014, resté dans la course du récent prix Femina étranger jusqu’à l’ultime sélection, une réjouissance.

Brooklyn for ever

C’est l’histoire de Marie, enfant timide, "vraie gamine de bandes dessinées" qui, toute sa vie, demeurera viscéralement attachée à Brooklyn, le quartier où ses parents irlandais sont venus s’installer. Si Gabe, son frère, ne quitte guère ses livres, Marie (bien que terriblement myope) n’a pas son pareil pour observer la vie autour d’elle, l’inattendu, la rumeur, le malheur. Le temps passe mais elle demeure une obstinée qui refuse de grandir (et donc d’apprendre à cuisiner), ne peut envisager de travailler hors de Brooklyn, expérimente malgré elle "les douleurs irrationnelles de l’amour", obtient un premier emploi chez son presque voisin le croque-mort. Son père qui la chérissait tant décède, son frère renonce à la prêtrise. Et elle rencontre Tom qui la sidère tant il flotte, comme désincarné, dans ses vêtements. Mais la bienveillance de cet homme détruit par la guerre supplante tout, et bientôt ils se marient et deviennent les parents de quatre enfants.


Il y a la maladie, les chagrins, les soubresauts du destin, le temps qui passe et la mort qui menace. Il y a l’amour, l’amitié, le passé partagé, l’acceptation du mystère que demeurent les autres, quoi qu’il arrive. Avec ce sixième roman traduit en français, Alice Mc Dermott (née à Brooklyn en 1953) signe l’épopée d’une héroïne de la vie quotidienne. Sous sa plume, la vie de Marie, insignifiante aux yeux de beaucoup, tissée de petits riens, est entrée dans la lumière.

"J'écoutais leurs voix familières avec une vague indifférence. Des bruissements; des tintements. J'éprouvai pour la première fois le sentiment que leurs vies continuaient sans moi." (extrait)


Alice McDermott, "Someone",  traduit de l’anglais par Cécile Arnaud, Folio n° 6316, 303 pp.