A chaque changement de pontificat surgissent des biographies ou des livres de souvenirs permettant de mieux connaître le nouveau Pape. Pour ce qui est du pape François, élu le 13 mars dernier, on ose supposer que sa biographie autorisée "El Jesuita - Conversaciones con el cardenal Jorge Bergoglio" de Sergio Rubin et Francesca Ambrogetti parue en 2010 atterrira sous peu, revue et augmentée, en version française. Il est une autre question qui turlupine pas mal de monde depuis la fin du conclave : comment se fait-il qu’il ait fallu attendre le 266e successeur de l’apôtre Pierre pour désigner un Jésuite au palais apostolique romain ? Le hasard - ou la Providence - fait bien les choses car au moment même de la fumée blanche, l’historien, essayiste et co-directeur de la revue anthropologique "Nunc" Franck Damour sortait une intéressante étude sur le mythe qui voudrait que, depuis sa création au XVIe siècle, la Compagnie de Jésus aurait tenté d’exercer un pouvoir d’influence occulte. Plusieurs légendes, croyances et images ont nourri le mythe qui a pris une tournure politique et engendré aussi bien des phobies que des haines avec, notamment, une suppression de la Compagnie en 1773. Au XIXe siècle, le mythe se mua en théorie du complot avec, dans la croyance populaire (mais aussi intellectuelle), l’idée qu’il y avait derrière tout un puissant supérieur général qu’on qualifia de "pape noir" par rapport à celui de la place St-Pierre. Ce n’est, évidemment, pas par hasard selon certains que le siège central des Jésuites se trouve au Borgo San Spirito, à un jet de pierre du Vatican

Maintenant que le pape (blanc) est issu des rangs de l’ordre de St Ignace de Loyola, la boucle est bouclée, mais le mythe finira bien par resurgir. Cet ouvrage n’est pas une brique mais une étude fouillée qui vient à son heure.

Le Pape noir Franck Damour ed. Lessius, "Petite bibliothèque Jésuite" 152 pp., env. 12 €