Voilà des années qu'on l'annonçait, voilà des mois qu'on en discutait âprement, la loi sur le prix fixe du livre devient - enfin - réalité. La Chambre devait voter hier soir le texte final (sauf surprise de dernière seconde comme un renvoi politique du texte devant le Conseil d'Etat, ultime manoeuvre de retardement).

On connaît le contexte: les grandes surfaces vendent volontiers les best-sellers et les livres de grande consommation à des prix très bas, retirant ainsi aux libraires une source importante de revenus. Cette politique met à mal la viabilité des petits et moyens libraires et par conséquent met aussi en danger la production de livres plus spécialisés, plus littéraires ou moins commerciaux. Le monde culturel réclamait depuis des années un prix unique du livre, comme la loi Lang l'avait fait en France.

C'est donc chose faite. Le rabais autorisé par rapport au prix de l'éditeur sera de 5 pc maximum pendant les 24 premiers mois de vente d'un livre. Après cela, le prix pour ce livre sera libre sauf s'il y a eu réapprovisionnement de ce titre dans les six mois avant la fin du prix fixe.

Pour la bande dessinée, ce rabais a été porté à 10 pc et le délai ramené à un an seulement avant de retrouver la liberté du prix pour cette BD. Cette concession - politique - est justifiée par le fait que la BD serait concurrencée chez les jeunes par d'autres produits de loisirs (CD, etc.) qui peuvent se vendre avec des rabais importants.

Les exceptions

Certains secteurs échappent à la loi et peuvent toujours bénéficier de prix libres: les bibliothèques publiques, les collectivités qui achètent des livres et les étudiants si les livres qu'ils achètent sont bien dans la liste de ceux prévus par leurs programmes scolaires ou universitaires.

La vente à distance bénéficie aussi d'une exception. Mais pour empêcher que la loi soit détournée (il suffirait à une grande surface d'installer des terminaux de commande de livres), il faut que l'annonce et la commande se fassent à distance et que la livraison soit bien effectuée au domicile de l'acheteur.

Pour arriver à cette loi, il fallut vaincre bien des résistances. Pour la BD, c'est Dupuis qui a mené la fronde, estimant que le prix fixe pénalisera le secteur de la BD belge. Les grandes surfaces, la Fnac belge, certains distributeurs s'y sont également opposés. Le VLD a dit son opposition, étant rétif par principe à l'idée d'un prix fixe. Le SP.A a embrayé pour une tout autre raison: il craint que les plus pauvres ne puissent avoir accès à des livres à prix réduit.

Mais le ministre Picqué, auteur du projet de loi, a répliqué que les exemples à l'étranger ont clairement montré que le prix fixe du livre ne faisait pas augmenter le prix moyen des livres, permettait de maintenir la diversité de l'offre et la multiplicité des libraires et augmentait le nombre de livres vendus. Inversement, le cas anglais, où le prix fixe du livre a été supprimé, a montré que cela entraînait une hausse des prix moyens et une diminution de l'offre en nombre de titres.

© La Libre Belgique 2003