L’écrivain autrichienne Elfriede Jelinek a déclaré jeudi que le prix Nobel de littérature 2004 qui venait de lui être décerné ne devait pas être considéré comme «une fleur à la boutonnière de l’Autriche».

Il s’agit néanmoins d’une «surprise» et d’un «grand honneur», selon des propos rapportés à Vienne par l’agence de presse autrichienne APA. Elfriede Jelinek est le premier écrivain autrichien à recevoir le prix Nobel de littérature.

Mme Jelinek, 57 ans, a également indiqué qu’elle était trop malade pour se rendre à Stockholm le 10 décembre et recevoir son prix. «Je ne suis pas en état actuellement de m’entretenir avec des gens», a affirmé l’écrivain, qui s’est retirée de la vie publique en 1996.

Mme Jelinek, qui a fortement critiqué la présence de ministres du FPOe, le parti d’extrême droite du populiste Joerg Haider, dans le gouvernement autrichien, a souligné que cette distinction ne devait pas être considérée comme «une fleur à la boutonnière de l’Autriche».

Le président autrichien Heinz Fischer, en visite à Rome, a toutefois déclaré qu’il accueillait «chaleureusement» la nouvelle de ce prix Nobel, «une récompense pour l’ensemble de la littérature autrichienne».

Mme Jelinek est l’auteur d’une «oeuvre littéraire exceptionnelle, qui lui vaut à juste titre les plus hautes distinctions internationales», a souligné le président Fischer (social-démocrate).

L’écrivain Robert Schindel, un ami d’Elfriede Jelinek, s’est dit quant à lui «tout à fait surpris et absolument ravi» du prix Nobel de Mme Jelinek, «une dramaturge remarquable». Pour lui, cette récompense devrait mettre du baume au coeur de tous ceux qui, comme l’écrivain, s’opposent à la présence de ministres FPOe dans le gouvernement. «Mais cela n’impressionnera pas le FPOe, car le FPOe ne se laisse pas impressionner par la littérature», a regretté M. Scindel.

Le directeur du prestigieux Burgtheater de Vienne, Klaus Bachler, a considéré pour sa part que la distinction accordée à Mme Jelinek est «courageuse, au vu non seulement de son style, mais aussi des sujets qu’elle aborde dans son oeuvre».

Elfriede Jelinek s’est retirée de la vie publique en 1996, après que le dirigeant d’extrême-droite Joerg Haider eut publiquement dénigré son oeuvre, traitant ses écrits --sombres et souvent fortement connotés sexuellement-- de «bas» et «immoraux».