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Michel Draguet, professeur à l'ULB, spécialiste du symbolisme et par ailleurs candidat à la direction du musée des Beaux-Arts de Bruxelles, signe cet important ouvrage édité par le Fonds Mercator. Le symbolisme belge, dit-il, reste souvent le parent pauvre des études sur le symbolisme en Europe. Il y eut, certes, il y a 30 ans, le livre de France-Claire Legrand qui permit la redécouverte d'un artiste aussi important que Khnopff. Mais depuis lors, la recherche a fait du chemin. Le critique Jean Clair disait que le symbolisme était le dernier mouvement humaniste avant l'essor des avant-gardes et l'avènement de l'art abstrait et de l'art moderne. Michel Draguet nuance. Il étudie le symbolisme belge entre deux dates: 1880, soit après Wiertz et après la rencontre entre Rops et Baudelaire, et 1905. Pour cette période, il passe en revue les artistes qu'on assimile au symbolisme, de Rops à Spilliaert en passant par Khnopff, Frédéric, Ensor, Delville, Minne et de nombreux autres artistes. Utilisant volontiers les symboles (ce qui lui valut par la suite d'être appelé symbolisme) cet art était un art d'intellectuels, jusqu'à en être pervers: tout était codé. Un art qui se retrouva dans les temples nouveaux comme les hôtels de ville et qui se propagea aussi par la franc-maçonnerie. Le symbolisme était aussi une réaction - parfois sociale -à la crise que connut le monde catholique. Les symbolistes ne supportaient pas les impressionnistes qualifiés de «bas de plafond», comprenez de «peu intellectuels».

Le symbolisme à l'étranger (Puvis de Chavannes, Burne- Jones, Redon) et belge connut un énorme succès (l'empereur d'Autriche fit appel à Khnopff), puis s'effondra brusquement en 1914 pour être jeté aux oubliettes. Le surréalisme qui a d'évidents liens avec le symbolisme l'a pourtant rejeté le qualifiant de réactionnaire et institutionnel. Il fut redécouvert ces 30 dernières années en même temps que se développait le post-modernisme et le rejet des avant-gardes.

Michel Draguet étudie ces questions et nous fait découvrir des oeuvres souvent peu connues. Il tisse des liens avec la littérature symboliste, la photographie qu'on découvre alors, les arts appliqués (Gallé, Wolfers) et l'Art nouveau en général (il n'a pu, faute de place, développer aussi longuement qu'il le voulait le chapitre sur l'Art nouveau). Dans la foulée de l'expo Khnopff au musée des Beaux-Arts, un livre important sur ce mouvement pour mieux comprendre sa place dans l'émergence de l'art du XXe siècle.

Le symbolisme en Belgique, par Michel Draguet, Fonds Mercator et Dexia, 344 pp., richement illustré.

© La Libre Belgique 2004