Le talent fou d'Ana Mirallès

Francis Matthys Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

Vendredi dernier, ici même, nous parlions de rééditions; reparlons-en un instant, ce vendredi encore. Notamment pour déplorer que l'une d'entre elles (la plus attendue) semble reportée aux calendes grecques alors qu'elle était programmée depuis des mois par le Seuil. Au point que "Bo Doï" en fit la spectaculaire couverture de son numéro 118, en mai dernier. JODELLE ET PRAVDA

C'est, bien entendu, de "Pravda la Survireuse" qu'il s'agit. "Pravda" - l'un des deux chefs-d'oeuvre dessinés/peints par Guy Peellaert (Bruxelles, 6 avril 1934) -, scénarisé par Pascal Thomas, qui préparut dans "Hara-Kiri" en 1967 puis qui sortit en album chez Eric Losfeld en 1968. Losfeld (le légendaire découvreur d'Emmanuelle Arsan, l'auteure mythique d'"Emmanuelle", mais également l'intrépide éditeur, en 1964, de la "Barbarella" de Jean-Claude Forest) qui, en juin 66, avait déjà audacieusement (à l'époque...) et magnifiquement édité le premier Guy Peellaert : "Les aventures de Jodelle". Deux monuments de l'esthétique "pop art" ou "psychédélique", que nous rangeons parmi les quinze ou vingt albums phares de ces... cinquante dernières années. Pour rappel, à Jodelle Peellaert prêta les traits de Sylvie Vartan et à Pravda, ceux de Françoise Hardy. D'elles et de leur incomparable dessinateur (dont l'un des recueils d'illustrations peintes, "Rock Dreams", sorti en 1974 chez Albin Michel, s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires dans le monde) nous reparlerons lorsque ces deux albums culte reverront (enfin) le jour. Mais combien de siècles devrons-nous attendre encore ? D'ESPAGNE EN AFRIQUE

Aux bédéphiles, on ne présente plus Ana Mirallès, l'admirable dessinatrice madrilène d'"Eva Medusa" (scénarisés par Antonio Segura, trois albums édités chez Glénat entre 1991 et 1994, puis l'intégrale en un volume en 1996) et de "Djinn", l'archi-fantasmatique saga d'aventures scénarisée par Jean Dufaux, dont l'action se déroule en Afrique pour une large part; sept titres - de "La Favorite" en 2001 à "Pipiktu" en 2007, aux couvertures ensorcelantes - en ont paru à ce jour chez Dargaud. Cet éditeur, précisément, inscrit aujourd'hui à son catalogue la réédition, en un volume, de l'intégrale de "A la recherche de la licorne" dont Ana Mirallès a réalisé l'adaptation avec son compagnon, l'écrivain (Emilio) Ruiz (Zavala). Ce récit haut en couleur est l'étourdissante transposition graphique du roman tragi-comique de l'historien Juan Eslava Galàn, qui obtint le réputé prix Planeta. Lorsque parut "A la recherche de la licorne "(chez Glénat, en trois volumes entre 1997 et 1999 : "La Blessure et le baume", "Les Forgerons blancs" et "Finis africae"), on ne se l'arracha pas chez nous, l'effet "Djinn" n'ayant pas encore joué en faveur d'une Ana Mirallès au talent fou. Cette saga, dont l'action commence en 1471, met en scène un aventurier, Juan de Olid, qui va quitter en secret la Castille pour s'aventurer au coeur de l'Afrique noire dans le but d'en ramener une corne de licorne parce que l'avenir du royaume d'Enrique IV en dépend... C'est superbement dessiné mais quelques images, cependant, sont d'une cruauté terrible.

Simultanément, d'Ana Mirallès et Ruiz paraît une nouveauté, "Mano en mano" : un chapelet de saynètes contant le parcours en zig-zag d'un... billet de 20 euros dans l'Espagne d'aujourd'hui. L'occasion, pour le duo d'auteurs, de dénoncer, entre autres, la xénophobie, l'antisémitisme, le fascisme, et d'esquisser des portraits souvent peu flatteurs. Mais on reste sur sa faim.

Francis Matthys

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