De la sagesse, de la patience, du bon sens, mais aussi de la bonne humeur, telles sont les mesures à garder à l’esprit pour survivre à l’étrange traversée qui nous est imposée. Pour nous y aider, pourquoi ne pas nous plonger dans la lecture du Taxi d’Imani, (Après l’attente, le bonheur!) de Thierry Lenain, auteur de près de soixante livres jeunesse, et d’Olivier Balez, dont les illustrations chatoyantes caressent le regard et illuminent la lecture?

Tout commence, et finit, dit-on, par une chanson. «Quand tout semble perdu, ne t’arrête pas dans la rue. Demande à tes pieds d’avancer, laisse le temps passer car après l’attente, le bonheur, le bonheur...» fredonne sans cesse Imani sur un air que l’on peut imaginer, ou écouter, dans une version animée, sur le blog de Thierry Lenain (www.tili.fr), qui en a écrit les paroles.

Fenêtre ouverte sur le monde

Au volant de son taxi, la jeune fille, larges anneaux aux oreilles et coupe à la garçonne, vit en Afrique, à Libreville, la capitale du Gabon, bien qu’elle soit originaire d’un pays voisin marqué par le sceau du malheur.

Hébergée par son amie Cabha, elle emprunte de l’argent à sa famille pour s’acheter une vieille voiture, qu’elle répare et transforme en taxi. Sur la carrosserie, pour se porter chance, elle inscrit en lettres cursives la phrase que son père lui répète si souvent: «Après l’attente, le bonheur», qu’elle adapte en chanson.

Fenêtre ouverte sur le monde, son véhicule lui permet de rencontrer de nombreuses personnes intéressantes. Comme une chercheuse de vaccin contre la paludisme ou des enfants désireux de protéger leur environnement. Mais aussi, un cuisinier en route pour le marché, où il achètera les ingrédients du poulet nyembwe, un touriste français venu photographier un guérisseur, et, à sa grande surprise autant qu’à sa grande joie, la star africaine de la musique soukous, Oko Doffi, dont elle s’apprêtait à aller voir le concert au stade Omar-Bongo. Une rencontre qui va changer un peu le cours de son existence et surtout le destin de sa chansonnette.

Album souriant, Le Taxi d’Imani offre une chronique contemporaine menée tambour battant, qui réchauffe les cœurs et incline à sourire. Coloré, animé, un peu chaotique comme l’Afrique dont il parle, ce récit multiplie les points de vue grâce, aussi, aux illustrations d’Olivier Balez, de vraies compositions graphiques et narratives, qui se succèdent comme autant de tableaux de vie.

Cadeau d'adieu

© D.R.

Ce livre résonne avec d’autant plus d’intensité qu’il s’agit du dernier de Thierry Lenain. Le confinement, propice à la réflexion, l’a en effet encouragé à prendre cette décision, qui lui trottait dans la tête depuis longtemps (lire également son interview).

L’artiste, qui a fermé ses comptes sociaux, livre, en guise d’au revoir, sur son blog, et plus à l’attention des adultes, cette fois, comme un signe, un dernier récit, léger, court et grave.

Voyage voyage, mène Vanessa, de son appartement parisien, où elle écoute sans cesse Barbara, à Venise, à Vienne, puis à Lisbonne avant le retour à la case départ.

Qu’est-ce qui l’anime? Les mots d’amour, en italien, d’un admirateur inconnu, la quête du bonheur et de l’être aimé, l’envie de partager un petit coin de parapluie. Un beau texte qui se lit d’une traite, se parcourt comme le monde, et renvoie également au brin de sagesse.

Vanessa récite tout bas les mots de Pessoa : «J’aime toutes les choses, toujours plus celles que je vois que celles que j’ai vues ou que je verrai. ». Un beau cadeau d’adieu.

Le Taxi d'Imani, Thierry Lenain et Olivier Balez, Albin Michel jeunesse, 48 pp., dès 6 ans.