Toutes les planètes s’alignaient pour que le nouveau et treizième roman de Barbara Abel, Et les vivants autour , sorti le 5 mars, en pleine Foire du livre de Bruxelles, caracole en tête des ventes.

Dans les allées de Tours & Taxi, la romancière à succès de thrillers psychologiques ne savait plus où donner de la tête, lors des séances de dédicaces, qui devaient être interrompues pour laisser la place aux auteurs suivants. En librairie, le livre se vendait très bien également. Il est vrai que les neuf Magritte attribués au film Duelles a donné un deuxième souffle à Derrière la haine, prix des Lycéens, vendu à quarante mille exemplaires, dont est inspiré le long métrage de Olivier Masset-Depasse. Un remake est en outre prévu aux USA .

Tout s’annonçait donc sous les meilleurs auspices si un minuscule virus n’avait décidé de mettre la terre entière à l’arrêt. Suspendu en plein vol, Et les vivants autour , ne connaîtra sans doute pas le succès escompté. C’est d’autant plus regrettable que les fans de Barbara Abel comptent ce nouveau livre parmi les meilleurs de notre compatriote qui a connu une carrière en dents de scie, après les débuts fulgurants de son premier livre, L’Instinct maternel , publié au Masque et vendu, lui, à 35 000 exemplaires.

Fait divers

Parti d’un fait divers, "Et les vivants autour" dissèque au scalpel les dysfonctionnements d’une famille d’apparence exemplaire, réunie autour du corps de Jeanne, vingt-neuf ans, dans le coma depuis quatre ans.

Témoin silencieux de nombreuses dérives, la jeune femme, inconsciente et inerte va jouer, sans le vouloir, le rôle principal dans ce drame familial.

Chaque jour, Micheline, épouse modèle et mère attentionnée, se rend à l’hôpital, au chevet de sa fille, pour lui tenir compagnie, lui parler comme si Jeanne entendait chacun de ses propos, lui apporter une nouvelle chemise de nuit, la soigner comme une patiente ordinaire. Son mari, sa sœur et son père lui rendent également visite et la famille tient à travers ces rituels jusqu’à l’appel du Docteur Goossens, qui souhaite la recevoir dans son bureau. Chacun craint le pire, l’arrêt de l’acharnement thérapeutique mais ce que le docteur annonce aux proches de Jeanne dépasse l’entendement

Premier rebondissement d’une longue série dans ce roman qui se lit d’autant plus aisément que l’autrice s’amuse à balader le lecteur et n’hésite pas à sortir deux ou trois lapins de son chapeau, ressorts dramatiques venus servir l’intrigue. Comme toujours, chez Barbara Abel, la figure maternelle se révèle intéressante grâce à une évolution inattendue qu’annonce peu à peu un chignon de plus en plus indomptable. Une belle lecture d’été en perspective en espérant que l’actualité ne débranche pas prématurément le respirateur...

Sacrifié ?

«L e livre risque d’être sacrifié. Heureusement, il s’agit littérature d’été car les gens aiment lire un thriller pendant les vacances. Mais il y a beaucoup de livres dont la sortie a été reportée et la place dans les librairies n’est pas extensible. Si de nombreuses nouveautés arrivent au mois de juin, mon livre restera-t-il dans les rayons?» interroge Barbara Abel qui , par ailleurs, lance un appel aux lecteurs pour soutenir coûte que coûte les librairies indépendantes, qui vont beaucoup souffrir de la crise que nous traversons actuellement. « La question du pouvoir d’achat se posera elle aussi. Les gens auront-ils encore vingt euros à investir dans un livre? Personnellement, je commence à avoir une certaine notoriété. Je sais que certains lecteurs vont acheter mon roman, mais pour des auteurs plus confidentiels, c’est dramatique ».

Sans présager de son succès, Barbara Abel a pris beaucoup de plaisir à écrire ce roman dont le scénario de départ est original, mais elle ne sait jamais, à part pour Derrière la haine, si son livre plaira ou non. Elle a d’ailleurs cessé d’essayer de comprendre les raisons du succès et se concentre uniquement sur le récit qu’elle a envie d’écrire.

Avec, souvent, la mère au coeur du sujet." C’est surtout la famille qui m’intéresse. Comme je suis une femme, je m’identifie plus aux personnages féminins. Dans la famille, cela reste la mère qui tient le haut du pavé. Je suis maman et je suis fille, très proche de ma mère. J’ai la chance d’avoir une maman très aimante, à la présence rassurante, qui est très importante pour moi."

Pour la première fois, Barbara Abel s’essaye aussi à l’écriture d’une série télévisée pour la RTBF. Un thriller psychologique qui part du principe qu’on ne sait jamais avec qui l’on vit. « C’est très gai, complètement différent. Il y a beaucoup de codes à respecter, de contraintes. Je travaille avec une vraie scénariste professionnelle et j’apprends beaucoup avec elle. Mais de ce côté là aussi, tout est à l’arrêt pour l’instant» .