Même si elle récusait l’adjectif "surréaliste" pour qualifier son œuvre plastique et littéraire, c’est au surréalisme qu’est pourtant associé le nom de Leonora Carrington, artiste libre dont, sous forme de roman très documenté, Elena Poniatowska retrace le parcours. Personnalité incandescente, Leonora C. naquit à Clayton Green, dans le Lancashire, le 6 avril 1917, dans une riche famille catholique. Très jeune, l’attire le surnaturel - qui teintera ses tableaux, ses sculptures, ses écrits, son art mêlant magie, mystique et mystère. En 1937, à Londres, elle rencontre le grand peintre et collagiste surréaliste Max Ernst (1891-1976) dont elle devient la compagne, le couple se fixant à Saint-Martin-d’Ardèche où leur rendront visite André Breton, Leonor Fini, Paul Eluard, et où Lee Miller les photographiera. En 1939, à la déclaration de la guerre, sa santé mentale s’ébranle et, après être passée en Espagne, elle y est internée dans un asile psychiatrique à Santander. De cette épreuve, Leonora sort traumatisée (on songe aux souffrances d’Antonin Artaud); on en trouve l’écho dans son livre "En bas" qu’édita Eric Losfeld en 1973 (l’année suivante, son "Cornet acoustique" sera préfacé par André Pieyre de Mandiargues). Après sa rencontre avec le poète/diplomate Renato Leduc qu’elle épouse, L.C. part en 39 au Mexique et y poursuit son œuvre jusqu’à sa mort à Mexico, le 25 mai 2011. Pour Elena Poniatowska, Leonora Carrington est "la magicienne des couleurs et la plus belle sorcière qui hante notre époque. [ ] Car elle est la femme peintre qui ressemble le plus à ses pinceaux. Certains disent même qu’elle peint avec ses cils." Et de celle qu’Octavio Paz, prix Nobel 1990, appelait "sorcière ensorcelée" fut tiré un opéra inspiré de sa pièce "La Fête de l’agneau", créé à Vienne en 1999 dans une adaptation d’Olga Neuwirth et de l’autrichienne lauréate du Nobel 2004, Elfriede Jelinek.

Leonora Elena Poniatowska traduit de l’espagnol (Mexique) par Claude Fell Actes Sud 446 pp., env. 23,50 €