Emprisonnés en attendant d'être jugés, les dirigeants nazis détenus par les alliés ont été scrupuleusement étudiés par un psychiatre de l'armée américaine. Douglas Kelley était chargé d'évaluer leur santé mentale en vue du procès, il en a profité pour mener des recherches. Il espérait trouver un trait commun parmi les criminels de guerre, une tendance qui lui aurait permis de définir "la personnalité nazie". Au lieu de cela, le psychiatre américain découvre des individus rigides, déterminés et très ambitieux, mais qui ne possèdent pas de pathologie psychiatrique. Il est bien obligé de conclure, avec effroi, qu'aux yeux de la psychiatrie, ses patients sont des gens comme les autres.

Kelley s'intéresse en particulier à son patient le plus charismatique: Hermann Goering, l'ex-commandant en chef de la Luftwaffe. Les deux hommes discutent pendant de longues heures. Le dignitaire nazi, qui se prête au jeu, est soumis à de nombreux examens, notamment le fameux test de Rorschach pour lequel il doit décrire ce qu'il voit dans des taches symétriques. A chaque fois, les résultats sont étonnement normaux.

Jack El-Hai, qui a eu accès aux notes personnelles de Kelley pour écrire son ouvrage, révèle à quel point le psychiatre a été perturbé par ses conclusions: "Il s'attendait à rencontrer un démon et il n'a trouvé qu'un père aimant, qui a été corrompu par sa soif de pouvoir et qui a commis des atrocités". Kelley ressent de l'empathie pour son patient et finira même par se reconnaître en Goering. Un sentiment qui, selon El-Hai, aura  causé la perte du psychiatre. En 1958, il avale volontairement du cyanure et meurt, douze ans après que Goering ait commis le même geste, dans sa cellule.