Franz-Olivier Giesbert aime la controverse. S’exposant sans modération dans ses divers récits, il ne craint pas de se retrouver raillé, contesté, voire brocardé. Il n’a jamais fait dans la mesure. Pour le coup, reprenant avec sa mère le dialogue interrompu par la mort de celle-ci voici plus de vingt ans, il parle de Dieu et met à nu sa foi chrétienne universelle. S’il prie et brûle des cierges dans les églises, il peut tout aussi bien le faire dans une synagogue, une mosquée, un temple ou au sommet d’une colline. Ayant choisi de se rallier à Jésus, il est prêt à défendre toutes les religions, se retrouvant dans le bouddhisme, le judaïsme, l’hindouisme, l’épicurisme Sa "petite religion à lui" l’installe en proue d’un certain air du temps. Esprit résolument indépendant, il se moque toutefois des gloussements tout aussi à la mode de "petites frappes" qui ont décidé que "tout valait mieux que la religion". Il a le cran de ses convictions, tout en se la jouant modeste : "Quitte à passer encore pour un imbécile".

Croire me donne la joie, revendique celui que Tout-Paris n’appelle que FOG. Il assume. Il n’y a, selon lui, qu’à ouvrir les yeux pour être confronté à l’évidence de Dieu. La foi n’a pas besoin de savantes démonstrations. Elle est naïve. Elle ne se découvre pas dans les livres mais dans un ciel étoilé, un frisson de vent dans les cheveux, le mystère d’un temple égyptien, des hêtres gonflés de soleil, la prière d’un vieux couple surpris en un moment de grâce. C’est sa mère qui lui a inoculé la foi. C’est elle qui dans "Dieu, ma mère et moi" lui porte la contradiction. Enfant, ses lectures de la Bible le ravissaient autant qu’elles le terrorisaient. Plus tard, ayant lu les philosophes - sa mère était professeur de philosophie et il avait pensé lui-même en faire son métier avant de se lancer dans le journalisme -, il pensait que ceux-ci se ridiculisaient quand ils tentaient de prouver l’existence de Dieu. Il leur préférait les mots simples et l’humble vérité des saints.

Sur cette constatation, il se lance dans un survol de la pensée des grands noms de la philosophie et des écrits mystiques qui, de Socrate à Plutarque, de Saint Augustin à Anselme de Canterbury, de Hildegarde de Bingen à François d’Assise, Spinoza, Kant, Thérèse de Lisieux, Nietzsche, André Frossard et on en passe ont aiguillonné ses discussions avec sa mère à qui l’oppose essentiellement Descartes. "Maman avait deux passions en dehors de sa famille : Kant et Descartes." Et lui n’aime pas Descartes qui, persuadé que les animaux sont des êtres inférieurs dépourvus de souffrances et de sentiments, les découpait vivants pour mieux les étudier. De quoi, soutenu par les hymnes aux oiseaux de saint François, devenir végétarien. FOG l’est devenu.

"Du sérieux" comme dirait Nicolas Sarkozy mis à mal dans le précédent livre de Franz-Olivier qui, faisant son miel de tout et du reste, y ajoute le charme de son sourire. Il estime que la foi doit être joyeuse : "Les religions meurent de l’esprit de sérieux". Dans son livre, il y a donc toujours un rire pour alléger un propos parfois indigeste. Il y a de la colère contre le cynisme et la cupidité, "les deux vraies idéologies de nos sociétés modernes". Il y a de la défiance contre les manifestations grandiloquentes de la foi ou contre l’humilité ostentatoire. Il y a ses livres de chevet et quelques citations dont on retiendra celle de Fénelon : "Taisez-vous et Dieu vous parlera. Comment voulez-vous qu’il le fasse quand vous faites tant de bruit ?".

Ça fait beaucoup. Ça fait parfois désordre, un peu sommaire. Et pourtant, c’est très bien. On se situe par rapport à ce livre-là. Cela veut dire que l’on n’y est pas indifférent. Franz-Olivier Giesbert possède le ton, la séduction et la liberté de faire entendre sa vérité avec une sincérité qui, pour paraître parfois suspecte, n’en est pas moins stimulante. Et surprenante.

Dieu, ma mère et moi Franz-Olivier Giesbert Gallimard 188 pp., env. 17 €