Thomas Gunzig est un auteur prolixe. Chroniqueur recherché, auteur des textes de spectacles à succès (Kiss and Cry, la vie de Raymond Goethals, le "skieven" architecte), il est aussi romancier et il propose pour cette rentrée littéraire, un "Manuel de survie à l‘usage des incapables". Un thriller un peu particulier, flirtant entre le fantastique, le fantaisiste et le philosophique.

Dans un grand magasin qui devient le symbole exacerbé de notre société de consommation, appartenant aux frères Eichmann (le nom n’est pas un hasard), une caissière est harcelée par ses chefs pour un manque de rapidité. Surveillée par une police interne omniprésente, elle meurt accidentellement. Son copain noir s’appelle Jacques Chirac !

Les quatre fils de la victime sont des voyous de grand chemin habitant les tours de la banlieue. Pour venger la mort de leur mère, ils sont prêts à mettre la ville à feu et à sang. Ils s’appellent les Loups (loups Blanc, Noir, Gris et Brun) et agissent en meute. Parviendront-ils à leurs fins ?

Le supermarché avec ses règles obtuses et l’achat inutile comme dieu suprême, incarne de fait, le vide d’une époque. C’était une bonne idée de partir de ce microcosme familier, mais quand on y réfléchit, bien angoissant.

La violence des Loups n’est alors, dans le roman, qu’une réponse à cette violence organisée.

Les Loups ne sont pas qu’un surnom : dans le livre, on vit à une époque future où les manipulations génétiques pourront mêler des gènes d’animaux à ceux des humains et ces Loups ont sur des parties du corps, des fourrures inquiétantes. Thomas Gunzig montre ainsi, par la fantaisie, l’ensauvagement progressif qui nous menace. Même si un des Loups lit Tolstoï et Marcel Mauss. Mais Gunzig n’en est pas à un paradoxe près…

Roman enlevé comme une BD, il oscille sans cesse entre absurdités et réflexions, entre érudition et inventivité débridée.

Si Thomas Gunzig a pu heureusement brider quelque peu sa fantaisie naturelle pour maintenir un fil au récit, ce roman demeure trop disparate pour être vraiment interpellant. Un roman qui est en réalité, un conte du XXIe siècle, comme un prolongement du style de ses chroniques radio quand, là aussi, il mêle la critique subtile et documentée de notre société à un nonsense parfois envahissant.


"Manuel de survie à l’usage des incapables", Thomas Gunzig, Éditions Au diable Vauvert, 408 pp., 18 euros.