Amoureux des mots du français, Bernard Pivot en a décliné les saveurs et subtilités en livres qui les déshabillent avec humour et tendresse, les préservant des outrages du temps ou des altérations des étourdis. "Évitez de dire Dites plutôt", "100 expressions à sauver", "Les Mots de ma vie" en témoignent parmi d’autres, devançant un petit dernier qui crée l’étonnement par un titre insolite eu égard à son auteur, mais s’inscrit, avec juste un peu de provocation, dans la ligne de ses prédécesseurs.

“Les tweets sont des chats”, c’est une autre manière de parler de la langue ?

Beaucoup de gens ne le remarquent pas. Mais c’est exactement ce que j’ai voulu faire. Les tweets peuvent être drôles, piquants, sérieux, exprimer une idée ou un sentiment, relater un fait. Ils sont toujours différents mais obligatoirement brefs, ne pouvant dépasser 140 signes. Cette contrainte alliée à la diversité me permet une sorte d’éloge rapide, concret, passionné de l’usage des mots.

Que vous apportent ces textes dont les réponses n’ont pas votre souci de style ou d’orthographe ? Ça ne vous heurte pas ?

Si. Mais il y a tout. Il en est de respectueux. Et puis, avec moi, ils disent faire davantage attention. Ça m’apporte d’entrer en contact avec des gens que je ne rencontre pas d’habitude, de dire ce que je ressens. C’est une manière d’autoportrait, de journal intime. Il y a beaucoup de confidence à l’intérieur de ces messages. C’est aussi un jeu, un défi que je me lance durant une heure par jour, sauf les samedis et dimanches.

En dépit des nombreux livres que vous avez écrits depuis votre départ de la télévision, vous restez celui qui a conduit “Apostrophes”…

Oui. C’est comme ça. Je reste l’homme de cette émission-là. Elle a eu tellement d’audience, à un moment donné, qu’elle est devenue une référence. C’est moi qui ai voulu arrêter. J’ai préféré partir quand ça marchait plutôt qu’être prié d’aller voir ailleurs. Ça m’a permis de changer de vie et je me suis mis à écrire des livres que je ne pouvais pas écrire durant cette période. Il faut savoir tourner la page. Le regard des gens change. La vie aussi. Rien ne dit que la même émission aurait du succès. Il n’y a pas de recette. Si j’en avais eu une à transmettre, je serais devenu riche.

Et quel est votre regard sur votre toute nouvelle entrée au “Petit Larousse” ?

Quand j’ai reçu la lettre de Larousse, je n’en revenais pas. Ça vaut toutes les Légions d’honneur. Je suis content. À cette occasion, j’ai appris que j’étais dans le Robert depuis 2010. Personne ne m’avait averti.

"Les tweets sont des chats" Bernard Pivot Albin Michel 160 pp., env. 12 €.