La littérature érotique, cela fait des années que Sylvia Day en lit et dix ans, maintenant, qu’elle en écrit. Du coup, cette auteure de la trilogie Crossfire a, sur la question, des avis qui ne manquent pas de bon sens.

Comment expliquez-vous le succès soudain de ce genre littéraire ?

“Soudain ? On a l’impression que c’est nouveau parce que, aujourd’hui, on trouve mes livres et les autres, même dans les grandes surfaces ! Mais cela fait très longtemps que ça existe… C’est une question d’offre et de demande. Mais ça, les éditeurs classiques ne s’en étaient pas rendu compte.”

Et qu’est-ce qui a modifié la donne ?

“Avant, quand vous cherchiez un livre érotique et que vous étiez une femme, l’une des seules solutions était de pousser la porte d’un sex-shop. Ce qui n’est pas franchement bien vu et qui est, avouons-le, toujours un peu gênant. Mais, vers 2006, un éditeur en ligne a senti venir la vague et a proposé des livres de ce type en téléchargement. Et ça a marché au-delà de toute espérance. Tout à coup, on pouvait, sans gêne, s’émoustiller en prenant le métro, en attendant le bus, dans la salle d’attente du médecin. Ce sont des millions de dollars qui sont tombés dans l’escarcelle de ces petits éditeurs en ligne.”

Et c’est alors que les autres ont compris l’intérêt…

“Exactement. Une fois que les maisons d’édition classiques ont compris qu’il y avait beaucoup d’argent à se faire, prenant conscience du nombre de lectrices potentielles, ils se sont mis à publier des livres physiques. Histoire de ne pas trop attirer le regard, on a changé les couvertures, les rendant plus anodines, passe-partout. Rien de sexuel ni de provocant. Résultat : les romans érotiques – voire plus – s’arrachent dans le monde entier.”

Vous pensez que les gens vous regardent différemment aujourd’hui, à cause de vos livres ?

“J’écris depuis dix ans ! Mais franchement, je ne sais pas. Peut-être parce que les gens auxquels je suis exposée sont des fans qui m’aiment ! À dire vrai, la seule personne dont ça me gênait qu’elle lise mon premier livre érotique, c’est mon père. Je lui ai bien dit qu’il ne devait pas se sentir obligé… Il a finalement lu des extraits sur mon site Web et il a trouvé ça tout à fait O.K. Mais vous savez, ma mère m’a lue, mon mari également. Et quand je vais chez le médecin, je vois des femmes qui me lisent dans la salle d’attente. Enfin, je pense que ceux qui ne m’ont pas lue me voient comme une auteur qui a beaucoup de succès. Peu importe le type de littérature que je fais.”

Quand vous avez décidé de faire de l’écriture votre métier, qu’est-ce qui vous a fait choisir ce genre-là ?

“J’avais 12 ans quand, pour la première fois, je me suis dit que j’écrirai des histoires d’amour. C’est ce que je lisais : ma mère m’en avait offert un et, à la fin, je me suis Waow, je veux faire ça. Ça ne m’est jamais sorti de la tête en grandissant. Et quand la fiction érotique est devenue plus accessible, plus mainstream aux USA, j’ai essayé et j’ai trouvé ça bien, hot. Là, je me suis rendu compte que j’avais envie d’écrire ce que j’aimais lire ! Combien de fois, en lisant un bouquin, je me suis dit que moi je n’aurais pas choisi cette fin, ou cette manière d’y arriver… Comme avec les films, d’ailleurs. Chez moi, les personnages sont sexy, vivent des aventures, parce que c’est ce que je recherche quand je vais acheter des livres.”